—Prions Dieu, prions ensemble! dit Agathe d'une voix sourde. Tu souffres du mal dont je souffre! Nous sommes trop habituées à éprouver les mêmes sensations, pour qu'il en soit autrement. L'une de nous deux ne peut être heureuse qu'au prix du malheur de l'autre. Oh! cette idée me brûle le cerveau et me rendra folle! Prions, ma soeur, prions!
Elles prièrent comme d'habitude. Annetje mettait plus de ferveur en s'adressant à Dieu; la voix d'Agathe avait des inflexions convulsives et saccadées.
Leurs prières terminées, elles se déshabillèrent en silence, et comme d'habitude Annetje présenta son front au baiser de sa soeur.
Agathe hésita quelques moments avant de déposer ses lèvres sur le front d'Annetje.
—Mon Dieu, mon Dieu, n'aurez-vous point pitié de nous! murmura la pauvre enfant.
—Oh! pourquoi la mort ne nous a-t-elle point frappées toutes les deux, il y a un an! Nos coeurs n'auraient jamais connu ni le désespoir ni la haine!
—La haine! s'écria Annetje éperdue, la haine, ma soeur! Oh! cela est impossible, n'est-ce pas!
—La haine! répéta cruellement Agathe. Oui, la haine!
La nuit fut longue pour les deux infortunées en proie à une fièvre plus dévorante que celle qu'avait guérie naguère Simon van Maast: ni l'une ni l'autre ne ferma les yeux; ni l'une ni l'autre n'adressa une seule parole à sa compagne. Lorsque les premiers rayons du jour commencèrent à pénétrer dans leur chambre, ils les trouvèrent pâles, silencieuses, et feignant toutes les deux d'être plongées dans un sommeil menteur.
Annetje prit doucement sa soeur dans ses bras: