—Mes enfants, leur dit-elle, j'ai à vous entretenir d'une chose grave.
—Annetje échangea un regard avec sa soeur, qu'elle vit pâlir. Prête à manquer de courage elle-même, elle sentit son coeur se briser.
—Allez! nous savons votre secret, ma mère, lui dit-elle en cachant son visage dans le sein de Thrée et en attirant dans ses bras Agathe. Simon vous aime et vous l'aimez! Que la bénédiction du Ciel descende sur votre mariage!
—Merci! mes enfants, dit Thrée, en les couvrant de baisers. Cependant, si cette union devait vous coûter un regret, un chagrin…
—Soyez heureuse, mère! reprit Agathe, qui s'était remise de son trouble. Pouvons-nous demander autre chose à Dieu? Simon n'est-il pas déjà un père pour nous? Ne lui devons-nous point la santé et la vie? ajouta-t-elle avec ironie.
—Oui, soyez heureuse, mère! vous dont la vie n'a été pour nous, depuis notre naissance, qu'un dévouement de tous les instants.
—Et maintenant, interrompit Agathe, viens, Annetje. Allons embrasser
Simon et le féliciter.
Elle entraîna sa soeur dans le jardin pour empêcher sa mère d'entendre les sanglots qu'elles ne pouvaient plus réprimer.
Tandis qu'elles se réfugiaient dans la partie la plus touffue d'un bosquet, derrière un grand massif d'arbres, elles entendirent Toporoo qui de sa voix monotone et lente, chantait l'air qu'il leur avait dit la veille:
«La jeune fille aime aux cieux!»