Fr. Bernardin de Sainte-Thérèse,
Préposé général des Carmes Déchaussés.

LETTRE
DU
Révérendissime Père Godefroy Madelaine,

Abbé des Prémontrés de Saint-Michel de Frigolet (Bouches-du-Rhône)[2].

Abbaye de Mondaye (Calvados), Vendredi Saint, 8 avril 1898.

Ma Révérende Mère,

Vous avez à plusieurs reprises sollicité de moi un mot qui pût être comme le passeport de cette biographie d'une de vos filles, auprès de ceux qui la liront. A vrai dire, je n'ai ni titre ni qualité pour vous le donner; mais comment pourrais-je refuser de vous dire tout haut que la première lecture du précieux manuscrit me charma, et que la seconde me laisse dans un ravissement inexprimable? Cette double impression, j'ose le prédire, sera éprouvée par tous ceux qui feront connaissance avec l'Histoire d'une ame.

Ce livre, en effet, est de ceux qui se recommandent par eux-mêmes. De la première ligne à la dernière, on y respire une atmosphère qui n'est plus celle de notre milieu terrestre. La chère petite sœur Thérèse aime tout ce qui lui offre un reflet de l'immatérielle Beauté de Dieu. Elle aime sa famille d'abord; elle aime la belle nature, les fleurs, les oiseaux, la goutte de rosée, la neige, le soleil, le ciel étoilé, «les espaces infinis»; elle aime les pécheurs, véritables enfants prodigues du Père céleste; elle aime Jeanne d'Arc, la libératrice de la patrie; elle aime la Vierge Immaculée; surtout elle aime d'amour pur, Jésus, son immortel Epoux.

Il y a là des pages si vivantes, si chaudes, si suggestives qu'il est presque impossible de n'en être pas saisi. On y trouve une théologie que les plus beaux livres spirituels n'atteignent que rarement à un degré aussi élevé. En les parcourant, nous ne pouvions nous défendre de penser à la Vie de sainte Thérèse écrite par elle-même. Même ton, même accent de simplicité, et parfois même profondeur. Si l'envolée de notre petite Sœur est moins puissante, si son coup d'aile est moins vigoureux que celui de la grande sainte d'Avila, on admire dans le récit de Sœur Thérèse une candeur d'enfant, une exquise naïveté jointe à une rare maturité de jugement, un fini de pensée et souvent de style qui charment l'esprit et qui vont droit au cœur.