N'est-ce pas merveille de voir comment une jeune fille de vingt et quelques années se promène avec aisance dans le vaste champ des Ecritures inspirées, pour y cueillir, d'une main sûre, les textes les plus divers et les mieux appropriés à son sujet? Parfois elle s'élève à des hauteurs mystiques surprenantes; mais toujours son mysticisme est aimable, gracieux et tout évangélique.

Il y a telle page sur l'Evangile, sur la Vierge Marie, sur la charité que pourrait signer un écrivain de race. Qu'elle raconte en prose l'histoire de son enfance et de sa vocation, ou qu'elle chante en vers ravissants l'amour de Dieu, le ciel, l'Eucharistie, elle est constamment poète, et poète du meilleur aloi. Il se peut que les règles de la prosodie ne soient pas toujours fidèlement gardées dans ces poésies improvisées; en revanche, on y sent passer un souffle d'une élévation extraordinaire.

Soulevée par l'ange qui passe près d'elle, l'âme secoue sa poussière, et s'élève doucement vers l'idéal, je veux dire vers le Dieu qui est l'éternel Amour. A lire cette suave histoire ou ces poésies si pures, vous vous croiriez volontiers devant une fresque de Fra Angelico; pour me servir d'une gracieuse expression de notre Sœur elle-même, vous croiriez entendre «une mélodie du ciel». Bref, je défie un esprit droit et pur de parcourir ces pages intimes sans se sentir pressé de devenir meilleur. N'est-ce pas le plus bel éloge que l'on puisse tracer d'un écrit de cette nature?

Laissez-moi donc vous remercier, ma Révérende Mère, d'avoir permis aux profanes de respirer le parfum de cette fleur bénie de votre Carmel. Les lecteurs de l'Histoire d'une ame—et je me persuade qu'ils seront fort nombreux—vous sauront gré de leur avoir ouvert pour un instant les grilles de votre monastère habituellement fermées au monde.

Que dis-je? Si par hasard ces délicieuses pages viennent à tomber entre les mains de quelque incroyant, j'aime à penser qu'après un premier mouvement de surprise, il voudra les lire jusqu'au bout, et qu'elles seront pour lui comme la découverte d'un monde nouveau. Qui sait si la chère petite sœur, continuant dans ce cœur son apostolat préféré d'autrefois, ne l'amènera pas doucement à Dieu et à l'Evangile?

Que si, de son mystérieux séjour, la chère sainte peut encore discerner ce qui se passe sur notre petite planète, elle sera sans doute surprise tout d'abord de voir son manuscrit ouvert au grand jour de la publicité; car vous le savez, ma Révérende Mère, c'est «pour vous seule» qu'elle y avait consigné, au courant de sa pensée et de sa plume, ou, comme elle disait, «au courant de son cœur», ces mille détails intimes de la vie de la famille ou de la vie du cloître, devant lesquels elle eût peut-être reculé, si elle eût pu deviner que le public les lirait un jour.

Mais, à n'en pas douter, son grand amour de Jésus et des âmes lui ferait accepter ce sacrifice de bon cœur; et pour la conversion de quelques pécheurs obstinés, volontiers elle ratifierait ce que vous faites, ma Révérende Mère. Vous-même, d'ailleurs, n'avez pas eu d'autre but.

Qu'il aille donc, ce cher volume, emporté sur les ailes de la divine charité. Qu'il fasse sourire, qu'il fasse pleurer, qu'il apprenne à souffrir et à aimer, à aimer Dieu, la religion et les âmes! Et qu'à tous ceux qui l'ouvriront, il répète son doux refrain: Sursum corda! En haut les cœurs!

Agréez, ma Révérende Mère, l'hommage de mon religieux dévouement en Notre-Seigneur.

Fr. G. Madelaine,
Prieur.