LETTRE
DU
Révérendissime Père dom Etienne,

Abbé de la Grande-Trappe de Mortagne (Orne).

21 janvier 1899.

Ma Révérende Mère,

Je me ferais volontiers le propagateur et l'apologiste des écrits et des vertus admirables de votre sainte enfant; mais, il faut l'avouer, cette petite gâtée de Notre-Seigneur n'a besoin de l'éloge de personne; son mérite lui suffit devant Dieu et devant les hommes.

Cependant d'autres ascètes, vous pouvez vous y attendre, ne manqueront pas, en lisant de si belles pages, de vous apporter le tribut de leurs félicitations et de leur approbation; pour moi, ma Révérende Mère, je reste sous le charme de cet écho du Ciel, de cet ange terrestre qui a passé ici-bas d'un vol rapide, sans ternir ses ailes, et qui nous a enseigné, autant par son langage que par ses actes, le chemin qu'il faut suivre pour aller à Dieu.

Je ne suis pas surpris de la rapidité de l'écoulement de la première édition. Quand on a lu le précieux volume de l'Histoire d'une ame, on voudrait que tout le monde le lût, tant il renferme de charmes, de piété, de doctrine, de naturel et de surnaturel, d'humain et de divin. C'est Notre-Seigneur humanisé, rendu palpable, sensible, cultivant avec un amour incessant cette fleurette du Carmel qu'il fait germer, grandir, et qu'il embaume des plus suaves parfums, pour les délices de son Cœur et le ravissement du nôtre.

Il y a là une spiritualité douce, vivante, pratique, entraînante, enviable, qui fait comprendre et aimer la parole de Jésus: «Mon joug est doux, et mon fardeau léger.» Il n'est personne qui ne se délecte dans cette lecture et qui n'y trouve une lumière et un encouragement.

Je vous remercie pour mes religieux et pour moi. Elle nous a fait le plus grand bien.