Dans cet esprit d'humilité, elle s'efforçait d'obéir à toutes indistinctement.

Un soir, pendant sa maladie, la communauté devait se réunir à l'ermitage du Sacré-Cœur pour chanter un cantique. Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, déjà minée par la fièvre, s'y était péniblement rendue; elle y arriva épuisée et dut s'asseoir aussitôt. Une religieuse lui fit signe de se lever pour chanter le cantique. Sans hésiter, l'humble enfant se leva et, malgré la fièvre et l'oppression, resta debout jusqu'à la fin.

L'infirmière lui avait conseillé de faire tous les jours une petite promenade d'un quart d'heure dans le jardin. Ce conseil devenait un ordre pour elle. Un après-midi, une sœur, la voyant marcher avec beaucoup de peine, lui dit: «Vous feriez bien mieux de vous reposer, votre promenade ne peut vous être profitable dans de pareilles conditions, vous vous épuisez, voilà tout!—C'est vrai, répondit cette enfant d'obéissance, mais savez-vous ce qui me donne des forces?... Eh bien! je marche pour un missionnaire. Je pense que là-bas, bien loin, l'un d'eux est peut-être épuisé dans ses courses apostoliques; et, pour diminuer ses fatigues, j'offre les miennes au bon Dieu.»

Elle donnait à ses novices de sublimes exemples de détachement:

Une année, pour la fête de la Mère Prieure, nos familles et les ouvriers du monastère avaient envoyé des gerbes de fleurs. Thérèse les disposait avec goût, quand une sœur converse lui dit d'un ton mécontent: «On voit bien que ces gros bouquets-là ont été donnés par votre famille; ceux des pauvres gens vont encore être dissimulés!» Un doux sourire fut la seule réponse de la sainte carmélite. Aussitôt, malgré le peu d'harmonie qui devait résulter du changement, elle mit au premier rang les bouquets des pauvres.

Pleine d'admiration devant une si grande vertu, la sœur alla s'accuser de son imperfection à la Révérende Mère Prieure, louant hautement la patience et l'humilité de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Aussi, quand la «Petite Reine» eut quitté la terre d'exil pour le royaume de son Epoux, cette même sœur, pleine de foi en sa puissance, approcha son front des pieds glacés de la virginale enfant, lui demandant pardon de sa faute d'autrefois. Au même instant, elle se sentit guérie d'une anémie cérébrale qui, depuis de longues années, lui interdisait tout travail intellectuel, même la lecture et l'oraison mentale.

Loin de fuir les humiliations, elle les recherchait avec empressement; c'est ainsi qu'elle s'offrit pour aider une sœur que l'on savait difficile à satisfaire; sa proposition généreuse fut acceptée. Un jour qu'elle venait de subir bien des reproches, une novice lui demanda pourquoi elle avait l'air si heureux. Quelle ne fut pas sa surprise en entendant cette réponse: «C'est que ma Sœur *** vient de me dire des choses désagréables. Oh! qu'elle m'a fait plaisir! Je voudrais maintenant la rencontrer afin de pouvoir lui sourire.» Au même instant cette sœur frappe à la porte, et la novice émerveillée put voir comment pardonnent les saints.

«Je planais tellement au-dessus de toutes choses, dira-t-elle plus tard, que je m'en allais fortifiée des humiliations.»

A toutes ces vertus, elle joignait un courage extraordinaire. Dès son entrée, à quinze ans, sauf les jeûnes, on lui laissa suivre toutes les pratiques de notre règle austère. Parfois, ses compagnes du noviciat remarquaient sa pâleur et essayaient de la faire dispenser, soit de l'Office du soir ou du lever matinal; la vénérée Mère Prieure[142] n'accédait point à leurs demandes: «Une âme de cette trempe, disait-elle, ne doit pas être traitée comme une enfant, les dispenses ne sont pas faites pour elle. Laissez-la, Dieu la soutient. D'ailleurs, si elle est malade, elle doit venir le dire elle-même.»