Une vive flamme d'amour la consumait. Voici ce qu'elle raconte elle-même:

«Quelques jours après mon offrande à l'Amour miséricordieux, je commençais au Chœur l'exercice du Chemin de la Croix, lorsque je me sentis tout à coup blessée d'un trait de feu si ardent que je pensai mourir. Je ne sais comment expliquer ce transport; il n'y a pas de comparaison qui puisse faire comprendre l'intensité de cette flamme. Il me semblait qu'une force invisible me plongeait tout entière dans le feu. Oh! quel feu! quelle douceur!»

Comme la Mère Prieure lui demandait si ce transport était le premier de sa vie, elle répondit simplement:

«Ma Mère, j'ai eu plusieurs transports d'amour, particulièrement une fois, pendant mon noviciat, où je restai une semaine entière bien loin de ce monde; il y avait comme un voile jeté pour moi sur toutes les choses de la terre. Mais je n'étais pas brûlée d'une réelle flamme, je pouvais supporter ces délices sans espérer de voir mes liens se briser sous leur poids; tandis que, le jour dont je parle, une minute, une seconde de plus, mon âme se séparait du corps... Hélas! je me retrouvai sur la terre, et la sécheresse, immédiatement, revint habiter mon cœur!»

Encore un peu, douce victime d'amour. La main divine a retiré son javelot de feu, mais la blessure est mortelle...

Dans cette intime union avec Dieu, Thérèse acquit sur ses actes un empire vraiment remarquable; toutes les vertus s'épanouirent à l'envi dans le délicieux jardin de son âme.

Et qu'on ne croie pas que cette magnifique efflorescence de beautés surnaturelles grandit sans aucun effort.

«Il n'est point sur la terre de fécondité sans souffrance: souffrances physiques, angoisses privées, épreuves connues de Dieu ou des hommes. Lorsqu'à la lecture de la vie des Saints germent en nous les pieuses pensées, les résolutions généreuses, nous ne devons pas nous borner, comme pour les livres profanes, à solder un tribut quelconque d'admiration au génie de leurs auteurs; mais plus encore songer au prix dont, sans nul doute, ils ont payé le bien surnaturel produit par eux en chacun de nous[141]

Et, si aujourd'hui «la petite sainte» opère dans les cœurs des transformations merveilleuses, si le bien qu'elle fait sur la terre est immense, on peut croire en toute vérité qu'elle l'a acheté au prix même dont Jésus a racheté nos âmes: la souffrance et la croix.

Une de ses moindres souffrances ne fut pas la lutte courageuse qu'elle entreprit contre elle-même, refusant toute satisfaction aux exigences de sa fière et ardente nature. Toute enfant, elle avait pris l'habitude de ne jamais s'excuser ni se plaindre; au Carmel, elle voulut être la petite servante de ses sœurs.