Le matin de ce Vendredi-Saint, elle sut si bien faire croire que son crachement de sang serait sans conséquence, que la Mère Prieure lui permit d'accomplir toutes les pénitences prescrites par la règle, ce jour-là. Dans l'après-midi, une novice l'aperçut nettoyant des fenêtres. Elle avait le visage livide et, malgré son énergie, semblait à bout de forces. La voyant si épuisée, cette novice qui la chérissait fondit en larmes, la suppliant de lui permettre de demander pour elle quelque soulagement. Mais sa jeune maîtresse le lui défendit expressément, disant qu'elle pouvait bien supporter une légère fatigue en ce jour où Jésus avait tant souffert pour elle.

Bientôt une toux persistante inquiéta la Révérende Mère. Elle soumit sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus à un régime fortifiant, et la toux disparut pour quelques mois.

«Vraiment, disait alors notre chère petite sœur, la maladie est une trop lente conductrice, je ne compte que sur l'amour

Fortement tentée de répondre à l'appel du Carmel d'Hanoï qui la demandait avec instances, elle commença une neuvaine au vénérable Théophane Vénard, dans le but d'obtenir sa complète guérison. Hélas! cette neuvaine devint le point de départ d'un état des plus graves.

Après avoir, comme Jésus, passé dans le monde en faisant le bien; après avoir été oubliée, méconnue comme lui, notre petite sainte allait à sa suite gravir un douloureux Calvaire.

Habituée à la voir toujours souffrir, et cependant rester toujours vaillante, sa Mère Prieure, inspirée de Dieu sans doute, lui permit de suivre les exercices de communauté dont certains la fatiguaient extrêmement.

Le soir venu, l'héroïque enfant devait monter seule l'escalier du dortoir; s'arrêtant à chaque marche pour reprendre haleine, elle regagnait péniblement sa cellule, et y arrivait tellement épuisée qu'il lui fallait parfois—elle l'avoua plus tard—une heure pour se déshabiller. Et, après tant de fatigues, c'était sur sa dure paillasse qu'il lui fallait passer le temps du repos.

Aussi les nuits étaient-elles très mauvaises; et, comme on lui demandait si quelque secours ne lui était pas nécessaire dans ces heures de souffrance: «Oh! non, répondit-elle; je m'estime bien heureuse, au contraire, de me trouver dans une cellule assez retirée pour n'être pas entendue de mes sœurs. Je suis contente de souffrir seule; dès que je suis plainte et comblée de délicatesses, je ne jouis plus

Sainte enfant!... Quel empire aviez-vous donc acquis sur vous-même pour pouvoir dire en toute vérité ces sublimes paroles!... Ainsi, ce qui nous cause à nous tant de déplaisir: l'oubli des créatures, devenait votre jouissance!..... Ah! comme votre divin Epoux savait bien vous la ménager cette amère jouissance qui vous était si douce!

On lui faisait souvent des pointes de feu sur le côté. Un jour qu'elle en avait particulièrement souffert, elle se reposait dans sa cellule pendant la récréation. Elle entendit alors à la cuisine une sœur parler d'elle en ces termes: «Ma sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus va bientôt mourir; et je me demande vraiment ce que notre Mère en pourra dire après sa mort. Elle sera bien embarrassée, car cette petite sœur, tout aimable qu'elle est, n'a pour sur rien fait qui vaille la peine d'être raconté.»