«Hier soir, disait-elle à Mère Agnès de Jésus, je fus prise d'une véritable angoisse et mes ténèbres augmentèrent. Je ne sais quelle voix maudite me disait: «Es-tu sûre d'être aimée de Dieu? Est-il venu te le dire? Ce n'est pas l'opinion de quelques créatures qui te justifiera devant lui.»
«Il y avait longtemps que je souffrais de ces pensées lorsqu'on vint m'apporter votre billet vraiment providentiel. Vous me rappeliez, ma Mère, tous les privilèges de Jésus sur mon âme; et, comme si mon angoisse vous eût été révélée, vous me disiez que j'étais grandement chérie de Dieu, et à la veille de recevoir de sa main la couronne éternelle. Déjà le calme et la joie renaissaient dans mon cœur. Cependant je me dis encore: «C'est l'affection de ma petite Mère pour moi qui lui fait écrire ces paroles.» Immédiatement alors je fus inspirée de prendre le saint Evangile, et, l'ouvrant au hasard, mes yeux tombèrent sur ce passage que je n'avais jamais remarqué: «Celui que Dieu a envoyé dit les mêmes choses que Dieu, parce qu'il ne lui a pas communiqué son esprit avec mesure.»[144]
«Je m'endormis ensuite tout à fait consolée. C'est vous, ma Mère, que le bon Dieu a envoyée pour moi, et je dois vous croire, puisque vous dites les mêmes choses que Dieu.»
Dans le courant du mois d'août, elle resta plusieurs jours comme hors d'elle-même, nous conjurant de faire prier pour elle. Jamais nous ne l'avions vue ainsi. Dans cet état d'angoisse inexprimable, nous l'entendions répéter:
«Oh! comme il faut prier pour les agonisants! si l'on savait!
Une nuit, elle supplia l'infirmière de jeter de l'eau bénite sur son lit en disant:
«Le démon est autour de moi; je ne le vois pas, mais je le sens... il me tourmente, il me tient comme avec une main de fer pour m'empêcher de prendre le plus léger soulagement; il augmente mes maux afin que je me désespère... Et je ne puis pas prier! Je puis seulement regarder la Sainte Vierge et dire: Jésus! Combien elle est nécessaire la prière des Compiles: «Procul recedant somnia, et noctium phantasmata! Délivrez-nous des fantômes de la nuit.»
«J'éprouve quelque chose de mystérieux, je ne souffre pas pour moi, mais pour une autre âme..... et le démon ne veut pas.»
L'infirmière, vivement impressionnée, alluma un cierge bénit et l'esprit de ténèbres s'enfuit pour ne plus revenir. Cependant notre petite sœur resta jusqu'à la fin dans de douloureuses angoisses.
Un jour, tandis qu'elle regardait le ciel, on lui fit cette réflexion: