Un jour, elle dit à la Mère Prieure:
«Ma Mère, je vous en prie, donnez-moi la permission de mourir... Laissez-moi offrir ma vie à telle intention...»
Et, comme cette permission lui était refusée:
«Eh bien, reprit-elle, je sais qu'en ce moment le bon Dieu désire tant une petite grappe de raisin, que personne ne veut lui offrir, qu'il va bien être obligé de venir la voler... Je ne demande rien, ce serait sortir de ma voie d'abandon, je prie seulement la Vierge Marie de rappeler à son Jésus le titre de Voleur qu'il s'est donné lui-même dans le saint Evangile, afin qu'il n'oublie pas de venir me voler.»
Un jour, on lui apporta une gerbe d'épis de blé. Elle en prit un tellement chargé de grains qu'il s'inclinait sur sa tige, et le considéra longtemps... puis elle dit à la Mère Prieure:
«Ma Mère, cet épi est l'image de mon âme: le bon Dieu m'a chargée de grâces pour moi et pour bien d'autres!.... Ah! je veux m'incliner toujours sous l'abondance des dons célestes, reconnaissant que tout vient d'en haut.»
Elle ne se trompait pas: oui, son âme était chargée de grâces... et qu'il semblait facile de distinguer l'Esprit de Dieu se louant lui-même par cette bouche innocente!
Cet Esprit de vérité n'avait-il pas déjà fait écrire à la grande Thérèse d'Avila:
«Avec une humble et sainte présomption, que les âmes arrivées à l'union divine se tiennent en haute estime, qu'elles aient sans cesse devant les yeux le souvenir des bienfaits reçus et se gardent bien de croire faire acte a humilité en ne reconnaissant pas les grâces de Dieu. N'est-il pas clair qu'un souvenir fidèle des bienfaits augmente l'amour envers le bienfaiteur? Comment celui qui ignore les richesses dont il est possesseur pourra-t-il en faire part et les distribuer avec libéralité?»
Ce n'est pas la seule fois que la petite Thérèse de Lisieux prononça des paroles véritablement inspirées.