A quatre heures et demie, les symptômes de la dernière agonie se manifestèrent. Dès que notre angélique mourante vit entrer la communauté, elle la remercia par le plus gracieux sourire; puis tout entière à l'amour et à la souffrance, tenant le crucifix dans ses mains défaillantes, elle entreprit le combat suprême. Une sueur abondante couvrait son visage; elle tremblait... Mais, comme au sein d'une furieuse tempête le pilote à deux doigts du port ne perd pas courage, ainsi cette âme de foi, apercevant tout près le phare lumineux du rivage éternel, donnait vaillamment les derniers coups de rame pour atteindre le port.

Quand la cloche du monastère tinta l'Angélus du soir, elle fixa sur l'Etoile des mers, la Vierge immaculée, un inexprimable regard. N'était-ce pas le moment de chanter:

Toi, qui vins me sourire au matin de ma vie,
Viens me sourire encor, Mère, voici le soir!

A sept heures et quelques minutes, notre pauvre petite martyre, se tournant vers sa Mère Prieure, lui dit:

«Ma Mère, n'est-ce pas l'agonie?... Ne vais-je pas mourir?...

—Oui, mon enfant, c'est l'agonie, mais Jésus veut peut-être la prolonger de quelques heures.»

Alors, d'une voix douce et plaintive:

«Eh bien... allons... allons... oh! je ne voudrais pas moins souffrir!»

Puis, regardant son crucifix:

«Oh!... Je l'aime!... Mon Dieu, je... vous... aime!!!»