«Nous ne verrons plus de regards envieux; d'ailleurs le bonheur de chacun des élus sera celui de tous. Avec les martyrs, nous ressemblerons aux martyrs; avec les docteurs, nous serons comme les docteurs; avec les vierges, comme les vierges; et de même que les membres d'une même famille sont fiers les uns des autres, ainsi le serons-nous de nos frères, sans la moindre jalousie.

«Qui sait même si la joie que nous éprouverons en voyant la gloire des grands saints, en sachant que, par un secret ressort de la Providence, nous y avons contribué, qui sait si cette joie ne sera pas aussi intense, et plus douce peut-être, que la félicité dont ils seront eux-mêmes en possession?

«Et, de leur côté, pensez-vous que les grands saints, voyant ce qu'ils doivent à de toutes petites âmes, ne les aimeront pas d'un amour incomparable? Il y aura là, j'en suis sûre, des sympathies délicieuses et surprenantes. Le privilégié d'un apôtre, d'un grand docteur, sera peut-être un petit pâtre; et l'ami intime d'un patriarche, un simple petit enfant. Oh! que je voudrais être dans ce royaume d'amour!»

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«Croyez-moi, écrire des livres de piété, composer les plus sublimes poésies, tout cela ne vaut pas le plus petit acte de renoncement. Cependant, lorsque nous souffrons de notre impuissance à faire le bien, notre seule ressource c'est d'offrir les œuvres des autres. Voilà le bienfait de la communion des Saints. Souvenez-vous de cette belle strophe du Cantique spirituel de notre Père saint Jean de la Croix:

Revenez, ma colombe,
Car le cerf blessé
Apparaît sur le haut de la colline,
Attiré par l'air de votre vol, et il y prend le frais.

«Vous le voyez, l'Epoux, le Cerf blessé n'est pas attiré par la hauteur, mais seulement par l'air du vol, et un simple coup d'aile suffit pour produire cette brise d'amour.»

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«La seule chose qui ne soit pas soumise à l'envie, c'est la dernière place; il n'y a donc que cette dernière place qui ne soit point vanité et affliction d'esprit. Cependant la voie de l'homme n'est pas toujours en son pouvoir[158]; et, parfois, nous nous surprenons à désirer ce qui brille. Alors, rangeons-nous humblement parmi les imparfaits, estimons-nous de petites âmes que le bon Dieu doit soutenir à chaque instant. Dès qu'il nous voit bien convaincues de notre néant, dès que nous lui disons: «Mon pied a chancelé, votre miséricorde, Seigneur, m'a affermi[159]», il nous tend la main; mais, si nous voulons essayer de faire quelque chose de grand, même sous prétexte de zèle, il nous laisse seules. Il suffit donc de s'humilier, de supporter avec douceur ses imperfections: voilà la vraie sainteté pour nous.»

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