Je me plaignais un jour d'être plus fatiguée que mes sœurs, parce qu'en plus d'un travail commun j'en avais fait un autre qu'on ignorait. Elle me répondit:
«Je voudrais toujours vous voir comme un vaillant soldat qui ne se plaint pas de ses peines, qui trouve très graves les blessures de ses frères, et n'estime les siennes que des égratignures. Pourquoi sentez-vous à ce point cette fatigue? C'est parce que personne ne la connaît...
«La bienheureuse Marguerite-Marie ayant eu deux panaris, disait n'avoir vraiment souffert que du premier, parce qu'il ne lui fut pas possible de cacher le second qui devint ainsi l'objet de la compassion des sœurs.
«Ce sentiment nous est naturel: mais, c'est faire comme le vulgaire de désirer qu'on sache quand nous avons du mal.»
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«Il ne faut jamais croire, quand nous commettons une faute, que c'est par une cause physique, comme la maladie ou le temps; mais attribuer cette chute à notre imperfection sans jamais nous décourager. Ce ne sont pas les occasions qui rendent l'homme fragile, mais elles montrent ce qu'il est.»[160]
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«Le bon Dieu n'a pas permis que notre Mère me dît d'écrire mes poésies à mesure que je les composais, et je n'aurais pas voulu le lui demander, de peur de faire une faute contre la pauvreté. J'attendais donc l'heure de temps libre, et ce n'était pas sans une peine extrême que je me rappelais, à huit heures du soir, ce que j'avais composé le matin.
«Ces petits riens sont un martyre, il est vrai; mais il faut bien se garder de le diminuer en se permettant, ou se faisant permettre, mille choses qui nous rendraient la vie religieuse agréable et commode.»
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