Un jour que je pleurais, sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus me dit de m'habituer à ne pas laisser paraître ainsi mes petites souffrances, ajoutant que rien ne rendait la vie de communauté plus triste que l'inégalité d'humeur.

«Vous avez bien raison, lui répondis-je, je l'avais moi-même pensé, et désormais je ne pleurerai plus jamais qu'avec le bon Dieu; à lui seul je confierai mes peines, il me comprendra et me consolera toujours.» Elle reprit vivement:

«Pleurer devant le bon Dieu! gardez-vous d'agir ainsi. Vous devez paraître triste, bien moins encore devant lui que devant les créatures. Comment! ce bon Maître n'a pour réjouir son Cœur que nos monastères; il vient chez nous pour se reposer, pour oublier les plaintes continuelles de ses amis du monde; car le plus souvent sur la terre, au lieu de reconnaître le prix de la Croix, on pleure et on gémit; et vous feriez comme le commun des mortels?... Franchement, ce n'est pas de l'amour désintéressé. C'est à nous de consoler Jésus, ce n'est pas à lui de nous consoler.

«Je le sais, il a si bon cœur que, si vous pleurez, il essuiera vos larmes; mais ensuite il s'en ira tout triste, n'ayant pu se reposer en vous. Jésus aime les cœurs joyeux, il aime une âme toujours souriante. Quand donc saurez-vous lui cacher vos peines, ou lui dire en chantant que vous êtes heureuse de souffrir pour lui?

«Le visage est le reflet de l'âme, ajouta-t-elle, vous devez sans cesse avoir un visage calme et serein, comme un petit enfant toujours content. Lorsque vous êtes seule, agissez encore de même, parce que vous êtes continuellement en spectacle aux Anges.»

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Je voulais qu'elle me félicitât d'avoir pratiqué un acte de vertu héroïque à mes yeux; mais elle me dit:

«Qu'est ce petit acte de vertu, en comparaison de ce que Jésus a le droit d'attendre de votre fidélité? Vous devriez plutôt vous humilier de laisser échapper tant d'occasions de lui prouver votre amour.»

Peu satisfaite de cette réponse, j'attendais une occasion difficile, pour voir comment sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus s'y comporterait. Cette occasion se présenta bientôt. Notre Révérende Mère nous ayant demande un travail fatigant et sujet à mille contradictions, je me permis malicieusement de lui en augmenter la charge; mais je ne pus un seul instant la trouver en défaut; je la vis toujours gracieuse, aimable, ne comptant pas avec la fatigue. S'agissait-il de se déranger, de servir les autres? elle se présentait avec entrain. A la fin, n'y tenant plus, je me jetai dans ses bras et lui confiai les sentiments qui avaient agité mon âme.

«Comment faites-vous, lui dis-je, pour pratiquer ainsi la vertu, pour être constamment joyeuse, calme et semblable à vous-même?