Voilà bien le caractère de Nôtre-Seigneur: il donne en Dieu, mais il veut l'humilité du cœur.

Lettre XVIIIe.

7 juillet 1894.

Ma chère petite sœur,

Je ne sais pas si tu te trouves encore dans les mêmes dispositions d'esprit que tu manifestais dans ta dernière lettre; je le suppose, et j'y réponds par ce passage du Cantique des Cantiques qui explique parfaitement l'état d'une âme plongée dans la sécheresse, d'une âme que rien ne peut réjouir ni consoler:

«Je suis descendue dans le jardin des noyers, pour voir les fruits de la vallée, pour considérer si la vigne a fleuri et si les pommes de grenade ont poussé. Je n'ai plus su où j'étais; mon âme a été troublée à cause des chariots d'Aminadab.»[233]

Voilà bien l'image de nos âmes. Souvent nous descendons dans les vallées fertiles où notre cœur aime à se nourrir; et le vaste champ des saintes Ecritures, qui tant de fois s'est ouvert pour répandre en notre faveur ses plus riches trésors, ce champ lui-même nous semble un désert aride et sans eau; nous ne savons même plus où nous sommes: au lieu de la paix, de la lumière, le trouble et les ténèbres sont notre partage...

Mais, comme l'épouse, nous connaissons la cause de cette épreuve: «Notre âme est troublée à cause des chariots d'Aminadab.» Nous ne sommes pas encore dans notre patrie, et la tentation doit nous purifier comme l'or à l'action du feu; nous nous croyons parfois abandonnées, hélas! les chariots, c'est-à-dire les vains bruits qui nous assiègent et nous affligent, sont-ils en nous ou en dehors de nous? Nous ne savons! mais Jésus le sait; il est témoin de notre tristesse, et dans la nuit soudain sa voix se fait entendre:

«Reviens, reviens, ma Sulamite, reviens afin que nous le considérions[234]!»

Quel appel! Eh quoi! nous n'osions plus même nous regarder, notre état nous faisait horreur, et Jésus nous appelle pour nous considérer à loisir... Il veut nous voir, il vient, et les deux autres Personnes adorables de la Sainte Trinité viennent avec lui prendre possession de notre âme.