En rentrant dans notre cellule, je me demandais ce que Jésus pensait de moi. Aussitôt, je me suis rappelé ce qu'il dit un jour à la femme adultère: «Quelqu'un t'a-t-il condamnée[244]?» Et moi, les larmes aux yeux, je lui ai répondu: «Personne, Seigneur... ni ma petite Mère, image de votre tendresse, ni ma Sœur ***, image de votre justice; et je sens bien que je puis aller en paix, car vous ne me condamnerez pas non plus!»

O ma Mère bien-aimée, je vous l'avoue, je suis bien plus heureuse d'avoir été imparfaite que si, soutenue par la grâce, j'avais été un modèle de patience. Cela me fait tant de bien de voir que Jésus est toujours aussi doux, aussi tendre pour moi. Vraiment, il y a de quoi mourir de reconnaissance et d'amour.

Ma petite Mère, vous comprendrez que, ce soir, le vase de la miséricorde divine a débordé pour votre enfant. Ah! dès à présent, je le reconnais: oui, toutes mes espérances seront comblées... oui, le Seigneur fera pour moi des merveilles qui surpasseront infiniment mes immenses désirs...

Lettres à Sœur Marie du Sacré-Cœur.

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Lettre Ire.

21 février 1888.

Ma chère Marie,

Si tu savais le cadeau que papa m'a fait la semaine dernière!... Je crois que si je te le donnais en cent, et même en mille, tu ne le devinerais pas. Eh bien! ce bon petit père m'a acheté un petit agneau d'un jour, tout blanc et tout frisé. Il m'a dit, en me l'offrant, qu'il voulait, avant mon entrée au Carmel, me faire le plaisir d'avoir un petit agneau. Tout le monde était heureux, Céline était ravie. Ce qui surtout m'avait touchée, c'était la bonté de papa en me le donnant; et puis, un agneau, c'est si symbolique! il me faisait penser à Pauline.