Jusqu'ici tout va bien, tout est ravissant; mais il faut attendre la fin. Déjà, nous faisions des châteaux en Espagne, nous nous attendions à voir notre agneau bondir autour de nous, au bout de deux ou trois jours; mais hélas! la jolie petite bête est morte dans l'après-midi. Pauvre petite! à peine née, elle a souffert, puis elle est morte.

Elle était si gentille, elle avait l'air si innocent que Céline a fait son portrait; puis, papa a creusé une fosse dans laquelle on a mis le petit agneau qui semblait dormir; je n'ai pas voulu que la terre le recouvrît: nous avons jeté de la neige sur lui et puis tout a été fini...

Tu ne sais pas, ma chère marraine, combien la mort de ce petit animal m'a donné à réfléchir. Oh! oui, sur la terre il ne faut s'attacher à rien, pas même aux choses les plus innocentes, car elles nous manquent au moment où nous y pensons le moins. Seul ce qui est éternel peut nous contenter.

Lettre IIe.

Pendant sa retraite de Prise d'Habit.

8 janvier 1889.

Ma sœur chérie, votre petit agnelet—comme vous aimez à m'appeler—voudrait vous emprunter un peu de force et de courage. Il ne peut rien dire à Jésus; et surtout, Jésus ne lui dit absolument rien. Priez pour moi, afin que ma retraite plaise quand même au Cœur de Celui qui seul lit au plus profond de l'âme!

La vie est pleine de sacrifices, c'est vrai; mais pourquoi y chercher du bonheur? N'est-ce pas simplement «une nuit à passer dans une mauvaise hôtellerie», comme le dit notre Mère sainte Thérèse?

Je vous avoue que mon cœur a une soif ardente de bonheur; mais je vois bien que nulle créature n'est capable de l'étancher! Au contraire, plus je boirais à cette source enchanteresse, plus ma soif serait brûlante.

Je connais une source «où, après avoir bu, on a soif encore[245]»: mais d'une soif très douce, d'une soif que l'on peut toujours satisfaire: cette source, c'est la souffrance connue de Jésus seul!...