Tout enfant, née dans une famille admirablement chrétienne, elle s'était sentie attirée vers le cloître. Dès l'âge de quinze ans, à force de démarches et de supplications, elle avait obtenu la permission d'entrer au Carmel.

A vingt-quatre ans, minée par une maladie de poitrine, elle s'y éteignait dans la paix du Seigneur.

Voilà toute sa carrière. A la conter par les événements extérieurs, on en remplirait tout au plus une dizaine de pages. Mais, si l'on veut pénétrer dans la vie intime de cette âme, un volume entier paraît encore trop court.

Or, cette vie intime a été écrite par la main la plus propre à composer une telle œuvre: la main de Sœur Thérèse elle-même.

On devine que ce n'est point d'après son inspiration personnelle que l'humble carmélite entreprit cet ouvrage. Ce fut sa supérieure qui, admirant cette vertu modeste et appréhendant la fin prématurée de cette existence angélique, donna l'ordre à la sainte enfant de se raconter elle-même. Obéissante avant tout et sincère par-dessus tout, Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus écrivit tout. Une vertu médiocre aurait été troublée; une humilité de mauvais aloi eût voulu diminuer ses mérites aux dépens du vrai. Mais l'humilité réelle ne se propose point de cacher ses mérites; elle ignore si elle en possède. Les vertus qu'on admire en sa conduite, elle les expose avec simplicité, comme des bienfaits du Ciel. Les grâces extraordinaires où chacun reconnaît la prédilection de Dieu pour une âme d'élite, elle les révèle avec une candeur presque naïve comme des miséricordes imméritées. Mais, ni ces vertus, ni ces grâces, elle ne songe à les dissimuler. Voilà dans quel esprit Sœur Thérèse écrivit l'histoire de son âme.

Aux hommes de goût, fatigués des complications et des raffinements de la littérature contemporaine, nous indiquerions volontiers ces mémoires d'une carmélite: ils y trouveraient, au seul point de vue de la jouissance artistique et intellectuelle, un rafraîchissement délicieux, un bain d'innocence, de fraîcheur et de pureté.

Quant aux âmes chrétiennes, est-il besoin de dire que nous leur conseillons vivement cette lecture angélique? Elles y trouveront un essor, à la fois puissant et doux, vers le Ciel.

Ce qui caractérise la sainteté de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, c'est une simplicité d'enfant dans son commerce avec Dieu. La jeune religieuse a retenu le conseil de Notre-Seigneur: «Si vous ne devenez semblable à ces petits, vous n'entrerez pas dans le royaume des Cieux.» Elle se fait toute petite auprès du divin Maître. Elle lui parle, elle l'écoute, elle le sert avec la familiarité, l'obéissance et l'empressement d'une enfant docile et aimante. Elle ne le quitte pas de la main, elle s'abandonne à lui tout entière, elle professe envers lui cette confiance aveugle et illimitée des tout petits pour les très grands. Quelque souhait qu'elle forme, elle le confie sans crainte à Jésus; quelque désir que Jésus lui exprime, elle l'accomplit avec joie. Et c'est ainsi que, sans effort apparent, comme en se laissant conduire, elle atteint le sublime.

Sans effort apparent, mais non sans peine et sans labeur réels. Cette innocence eut à soutenir des luttes quotidiennes; elle eut à subir plusieurs fois dans le secret de son âme des épreuves terribles. Epreuves et luttes, elle les a consignées dans son «histoire», avec la même franchise et la même sérénité que les grâces et les miséricordes.

Et qu'on ne croie pas que cette constance à vouloir être enfant devant Dieu imprimât à la vertu de Sœur Thérèse un caractère puéril! Cette religieuse adolescente, qui s'appliquait à se faire toute petite, avait acquis au contraire, en peu de temps, par l'oraison et par l'étude, une telle maturité d'intelligence et une telle vigueur de jugement, que sa supérieure n'hésitait pas à lui confier la direction des novices, à un âge où elle aurait pu être encore leur compagne[3].