Chère Elue, qui êtes devenue si bienfaisante, écrit un autre auteur, qui redescendez du sein de la gloire comme vous l'avez promis, pour faire du bien, vous avez crû en ce monde dans le parterre choisi de l'Epoux, et là vous fûtes vraiment le lys de la vallée, singulièrement protégé contre les orages du monde et les vents mauvais qui, hélas! trop souvent effeuillent et brisent les plus beaux chefs-d'œuvre de Dieu. Mais, pour le réconfort de beaucoup, vous êtes devenue la fleur des champs, que les pauvres passants, tout couverts de la poussière du chemin, peuvent admirer et dont la suave odeur les vivifie et les réjouit. C'est une grâce que nous ne laisserons pas passer sans nous l'approprier; nous admirerons en vous l'œuvre du divin Jardinier, lui demandant de la continuer, de la renouveler dans beaucoup d'autres âmes.

La physionomie de la jeune carmélite a été admirablement dépeinte par Mgr Gay, et on dirait vraiment qu'elle posait devant lui quand il écrivit ces pages lumineuses sur l'Abandon:

«L'âme abandonnée vit de foi, elle espère comme elle respire, elle aime sans interruption. Chaque volonté divine, quelle qu'elle soit, la trouve libre. Tout lui semble également bon. N'être rien, être beaucoup, être peu: commander, obéir; être humiliée, être oubliée; manquer ou être pourvue, vivre longtemps, mourir bientôt, mourir sur l'heure, tout lui plaît. Elle veut tout, parce qu'elle ne veut rien, et elle ne veut rien, parce qu'elle veut tout. Sa docilité est active, et son indifférence amoureuse. Elle n'est à Dieu qu'un oui vivant.

«Dirai-je le dernier mot de ce bienheureux et sublime état? C'est la vie des enfants de Dieu, c'est la sainte enfance spirituelle. Oh! que cela est parfait! plus parfait que l'amour des souffrances, car rien n'immole tant l'homme que d'être sincèrement et paisiblement petit. L'esprit d'enfance tue l'orgueil bien plus sûrement que l'esprit de pénitence.

«... L'âpre rocher du Calvaire offre encore quelque pâture à l'amour-propre; à la crèche, tout le vieil homme meurt forcément d'inanition. Or, pressez ce béni mystère de la crèche, pressez ce fruit de la sainte enfance, vous n'en ferez jamais sortir que l'abandon. Un enfant se livre sans défense et s'abandonne sans résistance! Que sait-il? Que peut-il? Que prétend-il savoir et pouvoir? C'est un être dont on est absolument maître. Aussi avec quelles précautions on le traite et quelles caresses on lui fait...»

C'est jusque-là que Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus s'était donnée; aussi connut-elle la suavité des caresses divines, et sur le Cœur du Maître, dans ses doux battements, elle comprit le secret du Roi, qui est l'amour. L'esprit d'enfance lui communiqua aussi cette liberté que le P. Gratry a si bien définie, l'état d'une âme «qui est sortie des bornes rétrécies de son horizon personnel, qui a quitté l'étroite prison de l'habitude, pour prendre une vie large et puissante, toujours renouvelée en Dieu.» Cette épouse fidèle avait si bien su réduire sa nature fière et ardente et l'extrême sensibilité de son cœur que, peu de temps avant de mourir, elle pouvait se rendre ce témoignage: «Depuis l'âge de trois ans, je n'ai jamais rien refusé au bon Dieu.» Certes, elle avait beaucoup reçu, mais elle donna beaucoup aussi, et le mérite sortit d'elle comme le ruisseau sort de sa source.

Il était impossible de mieux analyser et de mieux comprendre cette âme choisie, à la fois enfantine et héroïque.

Avant d'introduire le lecteur dans ce sanctuaire intime, nous devons le prévenir, comme aux éditions précédentes, des modifications que nous avons cru devoir apporter au Manuscrit original, le divisant en plusieurs chapitres pour la clarté du récit.

Suivront: Conseils et Souvenirs, quelques Lettres, puis un recueil de ses Poésies, dernière révélation d'une âme tout embrasée du céleste amour.

Et, dès maintenant, qu'il nous soit permis de faire connaître en quelques mots les aspirations de cette «vierge apostolique», et comment Notre-Seigneur se plaît à les combler.