Des moissonneurs.
Là-bas, sous d'autres horizons,
Malgré les frimas et la neige,
Déjà se dorent les moissons
Que le divin Enfant protège.
Mais, hélas! pour les recueillir
Il faudrait de brûlantes âmes:
Des Moissonneurs voulant souffrir,
Se jouant du fer et des flammes;
Noël! Noël!
Je viens au Carmel,
Sachant que mes vœux sont les vôtres.
Au doux Sauveur
Enfantez, ma sœur,
Un grand nombre d'âmes d'apôtres...

Une grappe de raisin[265].
Je voudrais un fruit savoureux,
Une grappe toute dorée,
Pour rafraîchir du Roi des cieux
La petite bouche altérée.
Ma sœur, qu'il est doux votre sort!
C'est vous cette grappe choisie;
Jésus vous pressera bien fort
Dans sa main mignonne et chérie.
En cette nuit,
Il est trop petit
Pour manger le raisin lui-même;
Le jus sucré,
Par lui tout doré,
Voilà simplement ce qu'il aime!

Une petite hostie.
Jésus, le bel Enfant divin,
Pour vous communiquer sa vie,
Transforme en lui, chaque matin,
Une petite et blanche hostie;
Avec bien plus d'amour encor,
Il veut vous changer en lui-même.
Votre cœur est son cher trésor,
Son bonheur, son plaisir suprême.
Noël! Noël!
Je descends du ciel,
Pour dire à votre âme ravie:
L'Agneau si doux
S'abaisse vers vous;
Soyez sa blanche et pure hostie!

Les strophes suivantes se chantent sur l'air: Au Rossignol. (Gounod.)

Un sourire.
Le monde méconnaît les charmes
De Jésus votre aimable Epoux,
Et je vois de petites larmes
Scintiller en ses yeux si doux.
Consolez, ô ma sœur chérie,
Cet Enfant qui vous tend les bras.
Pour le charmer, je vous en prie,
Souriez toujours ici-bas!
Voyez... son regard semble dire:
Lorsque tu souris à tes sœurs,
O mon épouse, ton sourire
Suffit pour essuyer mes pleurs!

Un jouet.
Voulez-vous être sur la terre
Le jouet de l'Enfant divin?
Ma sœur, désirez-vous lui plaire?
Restez en sa petite main.
Si l'aimable Enfant vous caresse,
S'il vous approche de son Cœur,
Ou si, parfois, il vous délaisse,
De tout, faites votre bonheur!
Recherchez toujours ses caprices,
Vous charmerez ses yeux divins.
Désormais, toutes vos délices
Seront ses désirs enfantins.

Un oreiller.
Dans la crèche où Jésus repose,
Souvent je le vois s'éveiller.
Voulez-vous en savoir la cause?
Il n'y trouve pas d'oreiller...
Je le sais, votre âme n'aspire
Qu'à le consoler nuit et jour;
Eh bien! l'oreiller qu'il désire,
C'est votre cœur brûlant d'amour.
Ah! soyez toujours humble et douce,
Et le plus chéri des Trésors
Pourra vous dire: Mon épouse,
En toi doucement je m'endors!...

Une fleur.
La terre est couverte de neige,
Partout règnent les durs frimas.
L'hiver et son triste cortège
Ont flétri les fleurs d'ici-bas.
Mais pour vous s'est épanouie
La ravissante Fleur des champs
Qui vient de la sainte patrie,
Où règne un éternel printemps.
Ma sœur, cachez-vous dans l'herbette,
Près de la Rose de Noël;
Et soyez aussi la fleurette
De votre Epoux, le Roi du ciel.

Du pain.
Chaque jour, en votre prière,
Parlant à l'Auteur de tout bien,
Vous répétez: O notre Père!
Donnez-nous le pain quotidien.
Ce Dieu, qui s'est fait votre Frère,
Comme vous souffre de la faim.
Ecoutez son humble prière:
Il vous demande un peu de pain!...
O ma sœur, soyez-en bien sûre,
Jésus ne veut que votre amour.
Il se nourrit de l'âme pure;
Voilà son pain de chaque jour.

Un miroir.
Tout enfant aime qu'on le place
Devant un fidèle miroir,
Alors il sourit avec grâce
A l'autre petit qu'il croit voir.
Ah! venez dans la pauvre étable:
Votre âme est un cristal brillant;
Reflétez le Verbe adorable,
Les charmes du Dieu fait enfant...
Oui, soyez la vivante image,
Le pur miroir de votre Epoux;
L'éclat divin de son Visage,
Il veut le contempler en vous!