Sr...

Cette religieuse, ayant été interrogée plus tard sur la manière dont elle avait réussi à écrire en français la lettre qui précède, répondit que c'était une continuation de la faveur reçue.

En novembre 1910, une jeune Sœur d'un autre Carmel d'Espagne nous confia avoir reçu une grâce identique en tous points à la première, soit pour la forme extérieure, soit pour les effets intérieurs. Interrogée à son tour sur son récit, fait par elle-même en français, elle écrivit ce qui suit:

«Je ne savais pas si vous alliez pouvoir lire ma lettre, je la croyais comblée de fautes, car je n'avais jamais écrit un seul mot de français en toute ma vie; de même qu'avant de lire l'Histoire d'une âme, je ne comprenais pas un seul mot de cette langue. C'est par un effet de la même grâce que j'ai pu lire et écrire. Notre angélique Sr Thérèse a été ma seule maîtresse de français. Ah! cette faveur m'en a procuré une autre incomparablement plus grande, celle de l'avoir pour maîtresse en sa petite voie d'enfance spirituelle. Je ne puis dire, ma Révérende Mère, ma reconnaissance envers cette bien-aimée sainte!

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39.

Paris, 24 avril 1909.

Dans la dernière quinzaine de février, je fus prise d'un coryza aigu qui dégénéra vite en grippe infectieuse. Une otite des plus douloureuses fit suite à cette grippe, je devins complètement sourde et, après avoir subi deux fois la paracentèse du tympan, une mastoïdite se déclara. Elle fut des plus graves; ses débuts amenèrent vite des symptômes de méningisme.

Le spécialiste qui me soignait ne voulut pas prendre sur lui seul la responsabilité de cette maladie si terrible en complications, et appela à mon chevet le célèbre spécialiste des hôpitaux, qui lui-même voulut avoir l'avis d'un autre confrère. Les six premiers jours de ces consultations, les progrès du mal furent étroitement et savamment surveillés; les soins les plus minutieux, les plus énergiques me furent prodigués et, malgré cela, la fièvre allait croissant, alternant de 40° à 41°. Enfin le matin du septième jour, le mot d'opération fut prononcé et j'y fus préparée par de délicats ménagements. Dès le premier jour de la consultation des trois docteurs, je commençai avec ferveur une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus du Carmel de Lisieux. Le mal pourtant allait s'aggravant, mais je gardais très ferme ma confiance.

Ma famille, plusieurs Carmels et d'autres personnes s'unirent dans la même prière. L'opération semblait pour tous une évidence et devait se faire le dimanche qui était le neuvième jour de ma neuvaine. La veille je voulus recevoir la sainte communion; les préparatifs se faisaient, je lisais une douloureuse angoisse dans les yeux rougis de ma sœur.