Dans l'après-midi le malade demanda à sa femme ce que tout cela signifiait.—«Ai-je donc été si malade?» dit-il; «mais je ne souffre pas et j'ai grand'faim!» On manda à nouveau le docteur, il crut que c'était pour constater le décès. Grande fut sa stupéfaction! «Je n'y comprends rien, dit-il, M. D. est sauvé; qu'il se lève et mange!»

Et depuis, ma bonne Mère, le mal ne laisse plus aucune trace; le malade déborde de reconnaissance envers la chère thaumaturge.

D.

Suit le certificat du docteur.

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Carmel de.... Espagne, 7 avril 1909.

J'éprouve un désir très grand, ma Révérende Mère, de vous raconter un petit miracle opéré par notre bien-aimée Sr Thérèse. Nous possédons ici sa Vie abrégée, en espagnol; mais, la première fois que je lus ce livre, je n'eus pour elle qu'une grande indifférence, je me dis: «Cette petite Sœur est par trop enthousiaste!» Un jour qu'on me demandait ce que je pensais de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, ma réponse fut celle-ci: «Ce que j'en pense? c'est qu'elle ne me plaît pas!» Thérèse allait se venger en reine... Quelque temps après, une de nos postulantes nous apporte un exemplaire français de l'Histoire d'une âme. Je ne comprenais pas un seul mot de cette langue; mais, tentée d'une très grande curiosité, je dis à notre Révérende Mère: «Ma Mère, voudriez-vous me permettre de lire ce livre?» Notre Mère Prieure, toute surprise, répondit: «Permission pour lire ce livre? et de quel profit vous peut-il être puisque vous ne comprenez pas le français?—Mais je ne sais quelle force intérieure m'attire et me dit de le lire.» La permission me fut accordée.

Et que vous dirai-je, ma bien chère Mère, de mon impression et de la très grande allégresse qu'éprouva mon pauvre cœur, de voir qu'en commençant à lire les premières pages de ce livre d'or, je compris dans la perfection la langue française!... Toute la communauté en resta dans un grand étonnement. Ma Mère, que de lumières j'ai reçues en lisant ces pages embaumées d'un parfum si céleste! que de grâces intimes connues de Jésus seul! Lorsque mon esprit se trouve dans la sécheresse, quelques pages seulement de la vie de l'angélique Thérèse suffisent pour enflammer mon âme de l'amour divin.

Aussi toute l'indifférence que j'avais pour elle s'est transformée en amour le plus reconnaissant et le plus profond. Que de fois, en me jetant à genoux, lui ai-je demandé pardon de ma faute! Qu'elle m'accorde la grâce d'aimer Jésus comme elle l'a aimé, afin qu'un jour je puisse faire partie de la légion des petites victimes de l'amour divin et chanter en sa compagnie les miséricordes du Seigneur!