Carmel de N., avril 1910.
Ma Révérende Mère,

Je vous envoie la lettre d'une pénitente guérie au cours d'une neuvaine à Sr Thérèse.

(Lettre à une amie.)

Couvent de la Préservation, N., mars 1910.

Je suis une miraculée de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

J'étais atteinte d'une grippe infectieuse et le docteur désespérait de me sauver. Il dit un soir en me quittant: «Madame la Supérieure, commencez une neuvaine pour que nous la tirions de là.» Je souffrais de vomissements continuels, mes lèvres étaient noires et j'avais déjà le hoquet de la mort: les infirmières apprêtaient ce qu'il fallait pour m'ensevelir; et moi, je voyais bien que j'allais mourir.

Quand notre Mère Supérieure revint me voir, elle me dit: «Charlotte, si vous voulez me promettre d'être fidèle à Dieu, je vais demander votre guérison.» Je répondis en rassemblant mes forces: «Oh! oui, Madame, je vous le promets.» Les compagnes qui entouraient mon lit me dirent: «O Charlotte! c'est une promesse sacrée!» Notre Mère Supérieure me dit encore: «Me promettez-vous que, si vous guérissez, votre vie sera pour la gloire de Dieu et pour votre salut?» Je répondis de nouveau: «Oh! oui, Madame, je vous le promets.»—«Eh bien! reprit-elle, nous allons faire une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et demain je vous apporterai une relique de cette petite sainte.»

A ce moment suprême où je voyais déjà s'entr'ouvrir ma tombe, j'ai tout oublié, même les petites austérités de la vie des pénitentes, et j'ai promis de rester toute ma vie dans la maison si je guérissais.

Une demi-heure après, j'étais mieux; je m'endormis, et quand je me réveillai le lendemain matin, j'étais complètement guérie. Tout le monde fut stupéfait dans la maison. Ma première parole à notre Mère fut celle-ci: «Je suis à vous pour toujours.»

Maintenant mes forces sont bien revenues. Ah! c'est un vrai miracle! Comment en remercierai-je assez le bon Dieu! Il voulait que je lui fasse le sacrifice de ma liberté, car, lorsque je suis tombée malade, je voulais absolument retourner dans le monde, où j'aurais sans doute repris ma vie de péchés.