A.-M. L.,
Corps expéditionnaire de Chine.
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86.
Couvent de N.-D. de la Compassion, M. (France),
20 mai 1910.
J'avais reçu une éducation chrétienne chez les religieuses de la Compassion à X., près M.—Mais, rentrée dans le monde, j'eus vite oublié tout et j'abandonnai bientôt les saintes pratiques de notre religion. Je revins, quelques années après, pensionnaire au même couvent, et je puis dire, à ma confusion, que les sentiments chrétiens s'étaient complètement éteints en moi.
Cependant, on me prêta la Vie de la «petite fleur de Jésus». Machinalement,—car je n'avais aucun attrait pour tout ce qui était religieux—je lus ce livre; je l'avais fini le même jour. Mes sentiments, durant cette lecture, ne changèrent pas; mais pourtant je me sentis attirée vers cette âme si pure et si sainte; le soir, lorsque j'eus fini, un quelque chose d'indéfinissable s'emparait de mon âme; la petite sainte commençait son œuvre.
Le lendemain, 15 juillet 1909, mon esprit était encore plus fortement préoccupé par le même objet; en même temps, le regret de mes fautes passées entrait dans mon cœur et l'appel divin se faisait entendre. Alors il s'engagea en moi une lutte acharnée entre la nature et la grâce. Le monde m'appelait en me montrant tous ses charmes, et Jésus m'invitait à le suivre en me faisant voir sa croix et son amour. Je ne pourrai jamais exprimer ce qui se passa dans mon âme en cette inoubliable journée!...
Enfin, vaincue par la grâce, j'allai confier mon bonheur à une religieuse qui tient auprès de moi la place de ma mère. Je lui racontai le miracle que Sr Thérèse venait d'opérer, je lui dis le désir que j'avais de me donner entièrement à Nôtre-Seigneur. Puis j'allai trouver mon confesseur à qui je fis une confession générale de ma vie passée..... C'était bien fini, la «petite Reine» venait d'effeuiller sa rose sur mon âme, et désormais j'appartenais à Jésus!.....
Et aujourd'hui, ma Révérende Mère, que j'ai revêtu le saint Habit, j'attends de notre grande sainte de voir se lever pour moi l'aurore du beau jour de ma profession. Quelle reconnaissance et quel amour j'ai pour elle! Ah! remerciez-la avec moi pour le miracle opéré en ma faveur!...
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