O ma Mère! je ne croyais pas à un tel bonheur et aussitôt je dis devant tout le monde: «Oh! Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus m'a exaucée, mon petit Ernest est guéri!...» Tous étaient stupéfaits de le voir se tenir debout, lui qui, le matin, criait encore. A partir de ce moment il se levait tous les jours, marchant comme il pouvait avec son lourd appareil et descendant même l'escalier.
Mais votre petite sainte ne voulait pas seulement la guérison de notre enfant, elle voulait aussi la guérison de nos âmes, et cela fut obtenu à la fin d'une neuvaine que nous faisions à Sr Thérèse pour qu'elle affermisse la guérison de notre enfant.
En lisant quelques traits de la vie de cette véritable sainte, une transformation s'opéra en nous, et après quatorze ans d'oubli de Dieu, mon mari et moi nous approchâmes du sacrement de Pénitence la veille de la Fête-Dieu, ainsi que de la sainte Table, en suppliant Notre-Seigneur, par l'intercession de sa petite épouse, que notre enfant fût bien guéri et bien fort pour que lui aussi puisse faire sa première Communion.
Le docteur X., émerveillé de ce qui était arrivé à notre petit Ernest, ne voulut pas se charger de retirer son appareil; il préféra me renvoyer pour cela au spécialiste de Paris, afin qu'il pût, lui aussi, constater la guérison. Je ne pus y aller qu'au mois de juin, mais ce docteur ne voulut pas croire mon enfant guéri et refusa d'enlever l'appareil, disant qu'il lui fallait le porter encore plusieurs années, si, toutefois, il arrivait à le guérir. Je lui dis: «Vous voyez bien, docteur, que mon enfant est guéri puisqu'il marche.» Alors, devant la clinique entière, il me dit: «Cet enfant n'est pas guéri, il en est loin et je ne retire pas l'appareil, ou alors je ne réponds pas des suites fâcheuses qui en résulteront.» Le petit, intimidé et effaré, ne voulait plus qu'on le touche et pleurait. Voyant tout cela, je dis au docteur que je voulais lui parler seule. Je sortis de la salle avec lui et, une fois dans son cabinet de consultation, je lui avouai, bien émue, ce que j'avais fait, comment cette guérison avait été obtenue par la prière et comment mon mari et moi étions revenus à Dieu. Ce docteur, qui est pratiquant, me crut alors et me dit: «Cela est autre chose!» Et, rentrant dans la salle, il dit à ses aides: «Messieurs, coupez l'appareil!» Puis, se tournant vers moi, il me dit: «L'enfant marche avec son appareil, maïs je ne serais pas surpris qu'il y ait un abcès, et certainement il y en a un; nous allons voir.»
Certes, je n'en croyais rien, puisque l'enfant ne souffrait pas depuis ce jour béni de la Pentecôte!... Enfin, un interne coupa le plâtre après m'avoir dit: «Vous avez tort.»
Le côté et la jambe de mon fils apparurent très beaux, tandis qu'au mois de février la peau était toute tuméfiée. Alors le docteur dit: «Oui, il y a un abcès, et un très grave»; et il fit une ponction pour vider l'abcès qui s'était formé et qui était la preuve de la coxalgie tuberculeuse. Il retira deux seringues de pus en me disant: «C'était mortel. Vous avez bien fait de venir et d'insister pour faire enlever l'appareil; cet abcès profond serait venu à la peau et aurait causé un ulcère qu'on n'aurait pu guérir; mais, à présent, il faut de toute nécessite remettre un nouvel appareil».
Aussitôt je m'écriai: «Non, non, je ne veux pas d'appareil, je suis certaine que mon enfant est guéri.—Eh bien, allez, dit le docteur d'un air mécontent; mais votre enfant va endurer de si cruelles souffrances que d'ici deux jours vous reviendrez, s'il n'est rien survenu avant.»
Il voulait dire: «Si votre enfant n'est pas mort», car il pensait, nous a dit la sœur directrice de la clinique, qu'il ne ferait pas le voyage.
L'enfant avait le côté sensible, c'est vrai, mais l'avoir eu si longtemps immobilisé, ce n'était pas extraordinaire!
Je ne dis rien et partis en gardant toute ma confiance. Je me rendis chez une tante, ma seconde mère, qui est femme de chambre au Luxembourg. La dame de la maison fit donner à mon petit Ernest un consommé de bouillon, une aile de poulet, une tartine de confiture, un gâteau et deux verres de vin qu'il trouva excellents.