Le voyage de Paris à Lisieux se fit sans qu'il ressentît aucune douleur; il dormit paisiblement dans le wagon, ce que le docteur apprenant, il n'en revenait pas; car il croyait bien apprendre sa mort ou qu'il avait souffert d'une manière épouvantable, plutôt qu'une chose aussi miraculeuse!
Au mois d'août nous retournâmes à Paris, et le docteur trouva à peine une demi-seringue de pus dans l'abcès qui s'était formé sans occasionner la moindre souffrance. «C'est vraiment merveilleux, dit-il, un cas pareil! en si peu de temps, s'asseoir et se mettre à genoux! Cela me surpasse!»
Nous y retournâmes encore fin septembre et, après examen de quatre docteurs, on ne trouva plus rien: ni abcès, ni ankylose; l'articulation de la hanche se faisait très bien; ces messieurs étaient stupéfaits: «Mais, où tout cela est-il passé en si peu de temps?» disaient-ils; ils ne trouvaient même plus la place de l'ancien abcès.
Or, ma bonne Mère, dans l'état où était le petit, il fallait compter au moins six ans, si toutefois on avait pu le guérir.
Encore un fait que je dois vous dire. D'abord il faut que vous sachiez qu'Ernest n'osait pas se risquer à marcher sans deux petits bâtons. Le 15 août, en rentrant de la grand'messe, il se mit tout à coup à fixer un objet invisible; sa figure était illuminée. Puis il se mit à marcher sans bâtons, très droit, pendant cinq minutes; on aurait cru que quelqu'un le tenait par les épaules; mon mari et moi, nous nous demandions ce qu'il avait. Il nous dit: «C'est ma petite Mère Thérèse qui me tient comme cela et qui me fait marcher sans m'appuyer; je ne la vois pas, mais je la sens derrière moi.» Et comme i! fixait toujours le mur, les yeux comme éclairés d'une céleste vision, nous lui dîmes: «Mais, que vois-tu, mon petit Ernest?» Il s'écria: «Oh! ma petite Mère est partie!» En effet, tout était fini... Mais que nous étions heureux!.....
A partir de ce jour béni, il marcha sans se tenir et beaucoup mieux; l'appétit revint tout à fait; maintenant il mange très bien et dort de même, marche sans appui et va tous les jours à l'école. Sa jambe encore bien faible le fait boiter, mais j'ai confiance en la petite Sr Thérèse pour lui enlever cette faiblesse. L'autre jour, en jouant, il est tombé et ne s'est aperçu de rien, malgré que le docteur nous ait prévenus qu'il fallait éviter la moindre chute qui, pour lui, serait très grave.
Voilà, ma révérende Mère, comment Sr Thérèse protège son petit enfant. Aussi est-ce avec une profonde reconnaissance que nous vous adressons, mon mari et moi, cette relation et que nous serions heureux si elle pouvait aider à glorifier Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face. C'est là notre plus grand désir!
Suivent les signatures de la mère, du père et de l'enfant, avec l'attestation d'un des médecins.
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