Je dois dire d'abord que, depuis mon opération, je reçois chaque jour Nôtre-Seigneur dans ma chambre. La religieuse qui me soigne me fait boire, après l'action de grâces, l'eau des ablutions.
Le lundi 12 décembre 1910, je faisais comme d'ordinaire mon action de grâces, les yeux fermés, quand une religieuse s'approcha de moi, ayant à la main un petit verre dont le contenu un peu trouble, comme laiteux, me frappa. Je bus une longue gorgée du liquide qui m'était présenté; aussitôt une amertume affreuse se répandit dans ma bouche; je pensais au fiel qui abreuva Nôtre-Seigneur et j'hésitais à achever disant: «O ma Sœur, comme c'est amer! j'en ai pris assez, je vous assure, et n'en pourrais prendre davantage.» Mais la religieuse, me le présentant de nouveau, me dit: «Buvez, buvez encore, car au fond c'est Jésus!» J'achevai avec effort de boire l'amer breuvage et repris mon action de grâces. Un moment après survint mon infirmière apportant le verre d'eau habituel. Je lui dis avec simplicité: «Pourquoi m'en donner deux aujourd'hui, vous venez de me l'offrir déjà tout à l'heure?»—«Mais non, répondit-elle en riant, à quoi donc pensez-vous?»
Alors je commençai à comprendre qui m'avait apporté le premier verre à la mystérieuse amertume!
Dans la même matinée, Dieu acheva de m'éclairer. Il permit qu'une personne de mon entourage ayant vu, dans mon état, des symptômes alarmants qui ne m'auraient pas inquiétée à cause de mon inexpérience, eut la maladresse de me dire que je ne guérirais pas et qu'il me faudrait deux opérations successives et des plus graves. A cette épreuve s'en ajoutèrent, en même temps, d'autres plus intimes et non moins crucifiantes.
C'était bien Sr Thérèse qui était venue me présenter le calice de ma passion! Depuis elle continue de m'abreuver divinement; chaque jour amène sa goutte d'amertume, goutte délicieuse puisque la chère sainte est là pour m'aider à la boire et à l'offrir à Jésus.
Dans les sacrifices plus grands qui m'attendent encore, c'est Jésus que je vois; Thérèse me l'a dit, et ce mot d'elle a suffi pour jeter sur ma vie entière cette lumière pénétrante qui réduit tout en joie.
X.
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120.
Hospice de Cl. (Seine), 30 décembre 1910.