Lorsque Marie entra au Carmel, ne pouvant plus lui confier mes tourments, je me tournai du côté des cieux. Je m'adressai aux quatre petits anges qui m'avaient précédée là-haut, pensant que ces âmes innocentes, n'ayant jamais connu le trouble et la crainte, devaient avoir pitié de leur pauvre petite sœur qui souffrait sur la terre. Je leur parlai avec une simplicité d'enfant, leur faisant remarquer qu'étant la dernière de la famille, j'avais toujours été la plus aimée, la plus comblée de tendresses, de la part de mes parents et de mes sœurs; que, s'ils étaient restés sur la terre, ils m'eussent donné sans doute les mêmes preuves d'affection. Leur entrée au ciel ne me paraissait pas être pour eux une raison de m'oublier; au contraire, se trouvant à même de puiser dans les trésors divins, ils devaient y prendre pour moi la paix, et me montrer ainsi que là-haut on sait encore aimer.

La réponse ne se fit pas attendre; bientôt la paix vint inonder mon âme de ses flots délicieux. J'étais donc aimée, non seulement sur la terre, mais aussi dans le ciel! Depuis ce moment, ma dévotion grandit pour mes petits frères et sœurs du paradis; j'aimais à m'entretenir avec eux, à leur parler des tristesses de l'exil et de mon désir d'aller bientôt les rejoindre dans l'éternelle patrie.

CHAPITRE V

La grâce de Noël.—Zèle des âmes.—Première conquête.—Douce
intimité avec sa sœur Céline.—Elle obtient
de son père la permission d'entrer au Carmel à quinze ans.—Refus du
Supérieur.—Elle en réfère à S. G. Mgr Hugonin,
évêque de Bayeux.

——

Si le ciel me comblait de grâces, j'étais loin de les mériter. J'avais constamment un vif désir de pratiquer la vertu; mais quelles imperfections se mêlaient à mes actes! Mon extrême sensibilité me rendait vraiment insupportable; tous les raisonnements étaient inutiles, je ne pouvais me corriger de ce vilain défaut.