Eh bien, mon enfant, me dit Sa Sainteté, faites ce que les supérieurs décideront.»

Joignant alors les mains et les appuyant sur ses genoux, je tentai un dernier effort:

—«O Très Saint Père, si vous disiez oui, tout le monde voudrait bien!»

Il me regarda fixement, et prononça ces mots en appuyant sur chaque syllabe d'un ton pénétrant:

—«Allons... Allons... vous entrerez si le bon Dieu le veut.»

J'allais parler encore, quand deux gardes-nobles m'invitèrent à me lever. Voyant que cela ne suffisait pas, ils me prirent par les bras et M. Révérony leur aida à me soulever, car je restais encore les mains jointes appuyées sur les genoux du Pape. Au moment où j'étais ainsi enlevée, le bon Saint-Père posa doucement sa main sur mes lèvres, puis, la levant pour me bénir, il me suivit longtemps des yeux.

Mon père eut bien de la peine en me trouvant tout en pleurs au sortir de l'audience: ayant passé avant moi, il ne savait rien de ma démarche. Pour lui, M. le grand Vicaire s'était montré on ne peut plus aimable, le présentant à Léon XIII comme le père de deux carmélites. Le Souverain Pontife, en signe de particulière bienveillance, avait posé sa main sur sa tête vénérable, semblant ainsi le marquer d'un sceau mystérieux au nom du Christ lui-même.

Ah! maintenant qu'il est au ciel, ce père de quatre carmélites, ce n'est plus la main du représentant de Jésus qui repose sur son front, lui prophétisant le martyre, c'est la main de l'Epoux des vierges, du Roi des cieux; et plus jamais cette main divine ne se retirera du front qu'elle a glorifié.

Mon épreuve était grande; mais, ayant fait absolument tout ce qui dépendait de moi pour répondre à l'appel du bon Dieu, je dois avouer que, malgré mes larmes, je ressentais au fond du cœur une grande paix. Toutefois cette paix résidait dans l'intime, et l'amertume remplissait mon âme jusqu'aux bords... Et Jésus se taisait... Il semblait absent, rien ne me révélait sa présence.