Comment se passèrent ces trois mois, si riches pour mon âme en souffrances, mais plus encore en grâces de toutes sortes? D'abord il me vint à l'esprit de ne pas me gêner, de mener une vie moins réglée que d'habitude; puis le bon Dieu me fit comprendre le bienfait du temps qui m'était offert, et je résolus de me livrer plus que jamais à une vie sérieuse et mortifiée.

Lorsque je dis mortifiée, je n'entends pas les pénitences des saints. Loin de ressembler aux belles âmes qui, dès leur enfance, pratiquent toute espèce de macérations, je faisais uniquement consister les miennes à briser ma volonté, à retenir une parole de réplique, à rendre de petits services autour de moi sans les faire valoir, et mille autres choses de ce genre. Par la pratique de ces riens, je me préparais à devenir la fiancée de Jésus, et je ne puis dire combien cette attente me fit grandir dans l'abandon, l'humilité et les autres vertus.

CHAPITRE VII

Entrée de Thérèse dans l'Arche bénie.—Premières
épreuves.—Les fiançailles divines.—De la neige.
Une grande douleur.

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Le lundi, 9 avril 1888, fut choisi pour mon entrée.—C'était le jour où l'on célébrait au Carmel la fête de l'Annonciation, remise à cause du Carême.—La veille, nous nous trouvions tous réunis autour de cette table de famille où je devais m'asseoir une dernière fois. Que ces adieux sont déchirants! Alors que l'on voudrait se voir oublié, les paroles les plus tendres s'échappent de toutes les lèvres, comme pour faire sentir davantage le sacrifice de la séparation.