Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, dans une des pages les plus éloquentes sorties de sa plume, se représentait son Epoux divin comme un aigle qui venait fondre sur elle des hauteurs du Ciel et l'emportait dans la lumière et dans la flamme, vers la patrie des clartés sans ombres et sans déclin.—Or, il me semble que déjà deux grands aigles de la sainteté, en l'abritant sous leurs puissantes ailes, l'avaient préparée à monter vers ces hauteurs: ce sont sainte Thérèse et saint François d'Assise; et il est difficile de n'être pas frappé des similitudes qui rapprochent cette enfant de ces deux âmes vraiment séraphiques, ainsi que l'Eglise se plaît à les appeler l'une et l'autre dans son incomparable langage.

Sainte Thérèse, «la fleur et la gloire du Carmel: flos et decor Carmeli», ne revit-elle pas dans votre «petite fleur»? C'est la même atmosphère de forte et rayonnante piété dans sa vie de famille, quand sa mère s'endort en bénissant ses enfants, comme le fit celle de sainte Thérèse, les confiant, à l'heure de sa mort, à la Reine du Ciel, et que son père, avec une énergie de foi qui rappelle celle des Saints des jours antiques, donne quatre filles au Carmel, avec une joie qui le transfigure au travers de ses larmes.—C'est dans l'âme elle-même de l'enfant privilégiée de la grâce une ardeur incroyable pour tout ce qui est grand, noble et pur. La flamme de l'apostolat s'est allumée dans ce cœur de quinze ans, et le consume; elle ne veut respirer, vivre et souffrir que pour l'Eglise, et en particulier (signe caractéristique de sainte Thérèse et de ses filles) pour la sanctification des prêtres. Sans cesse, la pensée de cette œuvre par excellence est vivante et ardente dans ses paroles toutes brûlantes de charité, dans son attrait pour les missions lointaines, dans sa dévorante passion pour la conquête des âmes et pour le martyre de l'amour divin, à défaut de celui où elle pourrait verser son sang.

Et le séraphique saint François d'Assise, qui apparut plus d'une fois à sainte Thérèse pour l'encourager dans sa réforme du Carmel, ne revit-il pas, lui aussi, dans cette nature si délicate et si pure, éprise d'admiration et de tendresse pour toute la création qui lui parle de l'éternelle beauté, aimant le soleil et la neige, les oiseaux et les fleurs; souriant encore, sur son lit de mort, à un petit oiseau qui vient chanter dans sa cellule un dernier cantique, et mêlant aux plus ardentes paroles de l'amour divin un souvenir attendri pour sa famille de la terre, et la maison où s'écoulèrent les années de son enfance?

N'eussiez-vous pas pu chanter sur sa tombe virginale cette strophe de l'une des hymnes de la liturgie franciscaine du 4 octobre, jour de son inhumation: «Dans le jardin de roses des saints, une nouvelle fleur s'est épanouie»?

Suivons donc par la pensée et les saints désirs, l'âme de notre chère enfant, là où les grands aigles qui l'ont prise sur leurs ailes l'ont emportée dans les éternelles splendeurs: «Sicut aquila provocant ad volandum pullos suos, extendit alas suas et assumpsit eos.»—Ne pouvons-nous pas lui redire: «Vous êtes bienheureuse, vous que le Seigneur a choisie et élevée jusqu'à lui; vous habitez dans ses tabernacles»?—Maintenant: «Attirez-nous vers vous», afin que nous ne vivions aussi nous-mêmes que pour Jésus, l'Eglise et les âmes, les membres attachés à la croix que le Seigneur nous a choisie, mais le cœur en haut et les yeux au ciel pour y chercher la radieuse vision de la Face de Dieu.

Agréez, je vous prie, ma Révérende Mère, tous mes respectueux et dévoués sentiments en Notre-Seigneur.

† F.-J. Xavier,
Evêque de Roséa.

LETTRE
DU
T. Rme Père Bernardin de Sainte-Thérèse,

Général des Carmes Déchaussés.