«O Jésus, mon divin Epoux, faites que la robe de mon baptême ne soit jamais ternie! Prenez-moi, plutôt gué de me laisser ici-bas souiller mon âme en commettant la plus petite faute volontaire. Que je ne cherche et ne trouve jamais que vous seul! Que les créatures ne soient rien pour moi, et moi, rien pour elles! Qu'aucune des choses de la terre ne trouble ma paix.

«O Jésus, je ne vous demande que la paix!... La paix, et surtout l'AMOUR sans bornes, sans limites! Jésus! que pour vous je meure martyre; donnez-moi le martyre du cœur ou celui du corps. Ah! plutôt donnez-les-moi tous deux!

«Faites que je remplisse mes engagements dans toute leur perfection, que personne ne s'occupe de moi, que je sois foulée aux pieds, oubliée comme un petit grain de sable. Je m'offre à vous, mon Bien-Aimé, afin que vous accomplissiez parfaitement en moi votre volonté sainte, sans que jamais les créatures y puissent mettre obstacle.»

A la fin de ce beau jour, ce fut sans tristesse que je déposai, selon l'usage, ma couronne de roses aux pieds de la sainte Vierge; je sentais que le temps n'emporterait pas mon bonheur...

La Nativité de Marie! quelle belle fête pour devenir l'épouse de Jésus! C'était la petite sainte Vierge d'un jour qui présentait sa petite fleur au petit Jésus. Ce jour-là, tout était petit; excepté les grâces que j'ai reçues, excepté ma paix et ma joie en contemplant le soir les belles étoiles du firmament, en pensant que bientôt je m'envolerais au ciel pour m'unir à mon divin Epoux, au sein d'une allégresse éternelle.

Le 24 eut lieu la cérémonie de ma Prise de Voile. Cette fête fut tout entière voilée de larmes. Papa était trop malade pour venir bénir sa reine; au dernier moment, Mgr Hugonin qui devait présider en fut empêché lui-même; enfin, à cause de plusieurs autres circonstances encore, tout fut tristesse et amertume... Cependant la paix, toujours la paix se trouvait pour moi au fond du calice. Ce jour-là, Jésus permit que je ne pusse retenir mes larmes... et mes larmes ne furent pas comprises... En effet, j'avais supporté sans pleurer des épreuves beaucoup plus grandes; mais alors, j'étais aidée d'une grâce puissante; tandis que, le 24, Jésus me laissa à mes propres forces, et je montrai combien elles étaient petites.

Huit jours après ma Prise de Voile, ma cousine, Jeanne Guérin, épousa le Dr La Néele. Au parloir suivant, l'entendant parler des prévenances dont elle entourait son mari, je sentis mon cœur tressaillir: «Il ne sera pas dit, pensai-je, qu'une femme du monde fera plus pour son époux, simple mortel, que moi pour mon Jésus bien-aimé.» Et, remplie d'une ardeur nouvelle, je m'efforçai plus que jamais de plaire en toutes mes actions à l'Epoux céleste, au Roi des rois qui avait bien voulu m'élever jusqu'à son alliance divine.

Ayant vu la lettre de faire-part du mariage, je m'amusai à composer l'invitation suivante que je lus aux novices, pour leur faire remarquer ce qui m'avait tant frappée moi-même: combien la gloire des unions de la terre est peu de chose, comparée aux titres d'une épouse de Jésus:

Le Dieu Tout-Puissant, Créateur du ciel et de la terre, souverain Dominateur du monde, et la Très Glorieuse Vierge Marie, Reine de la cour céleste, veulent bien vous faire part du mariage spirituel de leur auguste Fils, Jésus, Roi des rois et Seigneur des seigneurs, avec la petite Thérèse Martin, maintenant Dame et Princesse des royaumes apportés en dot par son divin Epoux: l'Enfance de Jésus et sa Passion, d'où lui viennent ses titres de noblesse: de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face.

N'ayant pu vous inviter à la fête des Noces qui a été célébrée sur la Montagne du Carmel, le 8 septembre 1890,—la cour céleste y étant seule admise—vous êtes néanmoins priés de vous rendre au Retour de Noces qui aura lieu Demain, jour de l'Eternité, auquel jour Jésus, Fils de Dieu, viendra sur les nuées du ciel, dans l'éclat de sa majesté, pour juger les vivants et les morts.