Au demeurant, le support mutuel doit être tel entre les époux, qu'ils ne soient jamais fâchés tous deux à la fois, c'est le moyen qu'il n'y ait entre eux ni division, ni dispute. Les mouches à miel ne peuvent s'arrêter dans les lieux où l'écho double l'effet des sons et fait retentir la voix, de même aussi le Saint-Esprit ne peut habiter dans une maison où il y a du trouble, du tumulte des altercations et des cris.

Saint Grégoire de Nazianze rapporte que de son temps les chrétiens faisoient une fête du jour anniversaire de leur mariage. Assurément j'approuverois fort que cette coutume s'introduisit parmi nous, pourvu que ce ne fût pas avec l'appareil des joies mondaines et frivoles, mais que les époux, bien confessés et communiés ce jour-là, recommandassent à Dieu leur mariage plus instamment encore qu'à l'ordinaire, renouvelant le bon propos de le sanctifier de plus en plus par une amitié et une fidélité réciproques; par là, ils reprendroient haleine en Notre-Seigneur, et seroient plus à même de supporter les peines et les charges inévitables de leur vocation.


[CHAPITRE XXXIX.]

De l'honnêteté du lit nuptial.

L'apôtre appelle le lit nuptial, immaculé, c'est-à-dire, exempt de toute sorte d'impureté; et c'est peut-être pour cette raison que Dieu voulut instituer le premier mariage dans le paradis terrestre, où il n'y avoit encore eu aucun dérèglement de la cupidité.

Or pour vous expliquer la perfection que l'Apôtre exige des personnes mariées sur cet article, je me sers d'une comparaison assez naturelle; c'est celle de la nourriture et de la tempérance. 1. La nourriture est nécessaire à la conservation de la vie; et pour cela l'usage en est bon, sain et commandé. 2. Cependant, manger non pas précisément pour cette fin, mais pour s'acquitter des devoirs auxquels la société humaine nous oblige les uns envers les autres, c'est une chose juste et honnête. 3. Si l'on mange par la raison de ses devoirs, il faut que ce soit avec une douce liberté, et en marquant qu'on y prend plaisir. 4. Manger simplement pour contenter son appétit, c'est une chose supportable, mais nullement louable; car le simple plaisir de l'appétit sensuel ne peut rendre une action honnête; et c'est bien assez si elle est supportable. 5. Manger au delà de son appétit et par excès, cela est plus ou moins blâmable à proportion de l'excès; et cet excès ne consiste pas seulement en la qualité, mais aussi en la manière. 6. C'est une marque d'une ame basse, grossière et tout animale, de faire tant de réflexions et de s'épancher en paroles sur les viandes avant le repas, et encore plus après, comme plusieurs sortes de gens qui ont toujours l'esprit dans les plats, qui préviennent sans cesse ou rappellent le plaisir de la bonne chère, et qui, en un mot, font comme dit saint Paul, un dieu de leur ventre; au lieu que les honnêtes gens ne pensent à la table qu'en s'y mettant, et se lavent les mains et la bouche après le repas, pour n'avoir plus ni le goût, ni l'odeur des viandes.

Voilà les règles qui sont communes à la tempérance et à l'honnêteté du lit conjugal.

1. L'usage des droits du sacrement étant nécessaire à la propagation de la société humaine, il est indubitablement honnête et louable, et spécialement saint dans le christianisme.