2. Cet usage est appelé par l'Apôtre un devoir réciproque, un devoir si grand, que bien qu'on puisse ne pas l'exiger, l'on est indispensablement obligé de le rendre; de manière que l'un n'y puisse manquer sans le libre consentement de l'autre: non pas même pour les exercices de la dévotion, beaucoup moins pour des prétentions capricieuses de vertu, pour des aigreurs et pour des mépris.
3. L'on doit considérer que ce n'est pas assez de s'acquitter de ce devoir d'une manière chagrine, et avec une patience indifférente: ce doit être avec toute la fidélité et la correspondance entière que demande cet amour, comme s'il étoit accompagné de l'espérance d'avoir des enfans, encore que pour la raison de quelque conjoncture on ne l'eût pas.
4. Ici, comme partout ailleurs, le simple contentement de l'appétit sensuel ne peut rendre une chose honnête et louable par lui-même; c'est beaucoup si l'on dit qu'elle soit tolérable.
5. Tout juste que soit l'usage des droits du mariage, tout nécessaire qu'on le sache dans la société humaine, tout saint qu'on le croie dans le christianisme, il porte des dangers de salut que l'on doit y éviter très-soigneusement, pour ne se rendre coupable ni d'aucun péché véniel, comme il arrive dans les simples excès de cet état, ni d'aucun péché mortel, comme il arrive quand l'ordre naturel et nécessaire pour la procréation des enfans est interverti. Or dans cette supposition, selon que l'on s'écarte plus on moins de cet ordre, les péchés sont plus on moins exécrables, mais toujours mortels: car la propagation de la société humaine étant la première et la principale fin du mariage, jamais on ne peut licitement se départir de l'ordre qu'elle vous demande. Cependant quoique cette fin ne puisse pas avoir son effet par la raison de quelque empêchement, comme la stérilité ou la grossesse, le commerce de l'amour conjugal ne laisse pas de pouvoir être juste et saint, si l'on suit les règles que demande la procréation des enfans: aucun accident ne pouvant jamais préjudicier à la loi que la fin principale du mariage a imposée.
Certes, l'infâme et exécrable action d'Onan contre les lois du mariage, étoit détestable devant Dieu, ainsi que l'Ecriture-Sainte nous l'apprend. Et bien que quelques hérétiques de notre temps, cent fois plus blâmables que les cyniques dont parle saint Jérôme, sur l'Epître aux Ephésiens, aient voulu dire que c'étoit l'intention perverse de ce méchant homme qui déplaisoit à Dieu; l'Ecriture en parle autrement et assure en particulier que son action même étoit détestable et abominable devant Dieu.
6. L'honnêteté naturelle et chrétienne demande qu'on ne laisse pas engager son esprit dans tout ce commerce sensuel, et qu'on tache même de l'en purifier promptement, pour qu'il conserve toute la liberté nécessaire aux obligations plus honnêtes et plus nobles de cette vocation. En vérité, l'on seroit surpris des exemples de l'honnêteté naturelle que le Seigneur a donnés aux hommes, en de certains animaux qui serviront un jour à confondre la brutale grossièreté de plusieurs personnes.
Cet avis comprend la parfaite pratique de l'excellence de la doctrine que saint Paul enseigne aux Corinthiens en ces termes: le temps est court: que ceux donc qui ont des femmes, vivent comme s'ils n'en avoient pas. Car selon la pensée de saint Grégoire, vivre dans le mariage, comme si l'on n'y étoit pas, c'est accorder tout ce que cet état a de naturel avec tout le spirituel du christianisme. Que ceux qui se servent du monde, ajoute saint Paul, s'en servent comme s'ils ne s'en servoient pas. C'est dire à tous de se servir du monde, chacun selon sa vocation; mais avec un si grand détachement du monde, que l'on puisse conserver pour le service de Dieu autant de liberté et de ferveur que si l'on ne se servoit pas du monde. En effet, c'est le grand mal de l'homme, dit saint Augustin, que de vouloir jouir des choses dont il doit seulement se servir, et de vouloir seulement se servir de celles dont il doit jouir avec plaisir: cela s'entend de tout ce qui a rapport aux sens et à l'esprit. Ainsi quand on pervertit cet ordre, et que l'on change l'usage en jouissance, l'ame, toute spirituelle qu'elle est, devient toute animale.
Je crois avoir dit tout ce que je voulois dire, et avoir fait entendre sans le dire, ce que je ne voulois pas dire.