Je priai la mère du Christ et son évangéliste saint Jean, par la douleur qu’ils ont supportée, de m’obtenir un signe qui gravât pour l’éternité dans ma mémoire la Passion de Jésus-Christ.

TREIZIÈME PAS
LE CŒUR

Au milieu du désir je fus saisie par un songe où le Cœur du Christ me fut montré, et j’entendis ces paroles : « Voici le lieu sans mensonge, le lieu où tout est vérité. » Il me sembla que cela se rapportait aux paroles d’un certain prédicateur dont je m’étais beaucoup moquée.

QUATORZIÈME PAS
AGRANDISSEMENT DE LA PÉNITENCE

Comme j’étais debout dans la prière, le Christ se montra à moi et me donna de lui une connaissance plus profonde. Je ne dormais pas. Il m’appela et me dit de poser mes lèvres sur la plaie de son côté. Il me sembla que j’appuyais mes lèvres, et que je buvais du sang, et dans ce sang encore chaud je compris que j’étais lavée. Je sentis pour la première fois une grande consolation, mêlée à une grande tristesse, car j’avais la Passion sous les yeux. Et je priai le Seigneur de répandre mon sang pour lui comme il avait répandu le sien pour moi. Je désirais pour chacun de mes membres une passion et une mort plus terrible et plus honteuse que la sienne. Je réfléchissais, cherchant quelqu’un qui voulût bien me tuer ; je voulais seulement mourir pour la foi, pour son amour, et puisqu’il était mort sur une croix, je demandais à mourir ailleurs, et par un plus vil instrument. Je me sentais indigne de la mort des martyrs ; j’en voulais une plus vile et plus cruelle. Mais je ne pouvais en imaginer une assez honteuse pour me satisfaire, ni assez différente de la mort des saints, auxquels je me trouvais indigne de ressembler.

QUINZIÈME PAS
MARIE ET JEAN

Je fixai mon désir sur la Vierge et saint Jean ; ils habitaient dans ma mémoire, et je les suppliais par la douleur qu’ils reçurent au jour de la Passion de m’obtenir les douleurs de Jésus-Christ, ou au moins celles qui leur furent données, à eux. Ils m’acquirent et m’obtinrent cette faveur, et saint Jean m’en combla tellement un jour, que ce jour-là compte parmi les plus terribles de ma vie. J’entrevis, dans un moment de lumière, que la compassion de saint Jean en face de Jésus et de Marie fit de lui plus qu’un martyr. De là un nouveau désir de me dépouiller de tout avec une pleine volonté. Le démon s’y opposa ; les hommes aussi, tous ceux de qui je prenais conseil, sans excepter les Frères Mineurs ; mais tous les biens, ni tous les maux du monde réunis n’auraient pu m’empêcher de donner ma fortune aux pauvres, ou du moins de la planter là, si on m’eût ôté les moyens de m’en débarrasser autrement. Je sentis que je ne pouvais rien réserver sans offenser Celui de qui venait l’illumination. Cependant je restais encore dans l’amertume, ne sachant si Dieu agréait mes sacrifices ; mais je pleurais, je criais et je disais « Seigneur, si je suis damnée, je n’en veux pas moins faire pénitence, et me dépouiller et vous servir. » Je restais dans l’amertume du repentir, vide de douceur divine. Voici comment je fus changée.

SEIZIÈME PAS
L’ORAISON DOMINICALE

Entrée dans une église, je demandai à Dieu une grâce quelconque. Je priai : je disais le Pater ; tout à coup Dieu écrivit de sa main le Pater dans mon cœur avec une telle accentuation de sa bonté et de mon indignité, que la parole me manque pour en dire un seul mot. Chacune des paroles du Pater se dilatait dans mon cœur ; je les disais l’une après l’autre avec une grande lenteur et contrition profonde, et malgré les larmes que m’arrachait une connaissance plus vive de mes fautes et de mon indignité, je commençai à goûter quelque chose de la douceur divine. La bonté divine se fit sentir à moi dans le Pater mieux que nulle part ailleurs, et cette impression dure au moment où je parle. Cependant, comme le Pater me révélait en même temps mes crimes, mon indignité, je n’osais lever les yeux ni vers le ciel, ni vers le crucifix, ni vers rien ; mais je suppliai la Vierge de demander grâce pour moi, et l’amertume persistait.

O pécheurs ! avec quelle lourdeur l’âme part pour la pénitence ! Que ces chaînes sont pesantes ! Que de mauvais conseillers ! Que d’empêchements ! Le monde, la chair et le démon !