Une autre fois, j’étais en oraison. J’entendis des paroles de paix : « O ma fille chérie, disait la voix, je t’aime beaucoup plus que tu ne m’aimes ; ô mon temple choisi, le cœur du Dieu tout-puissant est appliqué sur ton cœur. »
Un sentiment inconnu et inexprimablement délicieux coula dans tous mes membres, et je tombai à terre, et je restai étendue. La voix reprit :
« Le Dieu tout-puissant t’a élue par-dessus toutes les femmes de cette ville, et a posé son amour en toi. Il fait ses délices en toi, en toi et en ta compagne. Que votre vie soit donc lumière et miséricorde pour quiconque la regardera ; qu’elle soit justice et jugement pour quiconque ne la regardera pas. »
Et mon âme vit dans une lumière que ce jugement serait plus terrible pour les prêtres que pour les laïques, parce que le mépris qu’ils font des choses divines est rendu plus effroyable par la connaissance qu’ils ont des Ecritures.
La voix reprit : « L’amour que le Tout-Puissant a posé en vous est si grand que sa présence est continuelle dans votre âme, quoique le sentiment ne soit pas le même toujours. En ce moment, ses yeux sont sur vous. »
Alors des yeux de l’esprit je vis… comment dirai-je… pour parler un langage quelconque ? Je dirai, parmi les transports d’une joie inénarrable, je vis, des yeux de mon esprit, les yeux de l’Esprit divin… Mais qu’est-ce que mes misérables paroles ? J’en suis dégoûtée, j’en ai honte ; elles me font l’effet d’indignes plaisanteries.
Au milieu de ma joie, mes péchés revinrent à ma mémoire, et aucun bien ne me paraissait être en moi, et je ne voyais rien dans ma vie qui fût présentable devant Dieu.
La chose était si grande, que je ne pouvais y croire : et je répondis : « Si Celui qui me parle était le Fils de Dieu, rua joie ne serait-elle pas plus énorme ? si j’étais sûre que c’est bien vous qui êtes en moi, en moi, telle que je me connais, je ne pourrais pas supporter ce délire. Comment se fait-il que je ne meure pas de joie ? »
Il répondit : « Tu as la joie que je veux ; si elle n’est pas plus énorme, c’est que je ne veux pas ; mais la voici qui va devenir plus énorme. Regarde ! le monde entier est plein de moi. »
Et je vis que toute créature était pleine de Dieu.