Mon âme se présenta devant la face de Dieu avec une immense sécurité, sans ombre et sans nuage ; elle se présenta avec une joie inconnue, avec un transport jeune, supérieur, au-dessus de toute excellence : la nouveauté et la splendeur du prodige que j’étais dépassa mon intelligence.

Dans la rencontre que j’eus avec le Seigneur, je sentis l’ineffable, la chose dont j’ai parlé, l’éblouissement de Dieu ; puis des paroles me furent dites, paroles sorties des lèvres du Très-Haut. Mais je ne veux pas qu’elles soient écrites.

Quand, après cela, l’âme revient en elle-même, elle y trouve une disposition à jouir de toute peine et de toute injure portée pour Dieu elle sent l’impossibilité d’une séparation. Aussi je criai : « O doux Seigneur, qu’est-ce qui pourra me séparer de vous ? » Et j’entendis cette réponse : « Rien, avec ma grâce. »

Mais j’ai pitié des paroles que je rapporte ; ce qu’il y a d’admirable, c’est la manière dont elles furent dites, et je ne peux pas rapporter ceci. La voix me dit que cette chose que j’appelle l’éblouissement de Dieu est la chose qu’ont les saints dans la vie éternelle ; que c’est celle-là, et non pas une autre ; que les uns l’ont à un degré supérieur, les autres à un degré inférieur ; que le moindre éblouissement du ciel surpasse le plus grand éblouissement de la terre, et ce fut dans l’instant même de l’éblouissement que j’appris cela.

VINGT-HUITIÈME CHAPITRE
LA CERTITUDE

Quelque temps après ma conversion, c’était ce jour-là une des fêtes de la Vierge, je la suppliai de m’obtenir cette grâce immense, la certitude de n’être pas trompée par les voix qui me parlaient. Je reçus une réponse qui était une promesse, et la voix qui parlait ajouta :

« Dieu s’est manifesté à toi, il t’a parlé, il t’a donné de Lui le sentiment qu’il en a lui-même. Evite donc de parler, de voir et d’entendre, autrement que selon Lui. »

Je sentais dans celui qui parlait une discrétion et une maturité inexprimables. Je demeurai dans la joie et dans l’espérance, avec le sentiment de la prière exaucée. Il me fut dit au même instant que je n’agirais plus autrement que par la conduite de Dieu. Voir, parler, entendre selon Lui ! Je commençai à faire ces trois choses ; tout à coup mon cœur fut soulevé de la terre et posé en Dieu, et quand il fallut descendre aux choses de la vie, comme parler ou manger, rien ne dérangea mon cœur de sa position ; je ne pouvais ni penser, ni voir, ni sentir que Dieu. Quand, à la fin de l’oraison, j’allais prendre de la nourriture, j’en demandais la permission : « Va, disait la voix, mange avec la bénédiction du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Quelquefois la permission se faisait attendre, quelquefois non. Cela dura trois jours et trois nuits.

Enfin, ravie en esprit, pendant la messe, je vis Dieu au moment de l’élévation. Après cette vision, il resta en moi une douceur inénarrable et une joie immense qui durera toute ma vie. C’est dans cette vision que je reçus l’assurance demandée, et le doute prit la fuite. Je reçus pleine satisfaction ; j’eus la certitude de Dieu m’ayant parlé.

VINGT-NEUVIÈME CHAPITRE
L’ONCTION