« L’Ecriture, disait la voix, parle beaucoup de cette puissance ; mais ceux qui lisent comprennent peu. Ceux à qui j’accorde un certain sentiment de moi-même comprennent plus, mais ceux-là même comprennent fort peu. Mais un instant viendra où vous verrez la lumière. »
Ensuite, je vis dans un éclair comment Dieu vient dans le saint Sacrement. Ni avant, ni depuis, je n’ai rien éprouvé de semblable.
Puis je vis comment Jésus-Christ vient avec une armée d’anges, et la magnificence de son escorte se laissa savourer par mon âme avec une immense délectation. Je m’étonnai un moment d’avoir pu prendre plaisir à regarder des anges. Car habituellement toute ma joie est condensée en Jésus-Christ seul. Mais bientôt j’aperçus dans mon âme deux joies parfaitement distinctes : l’une venant de Dieu, l’autre des anges, et elles ne se ressemblaient pas. J’admirais la magnificence dont le Seigneur était entouré. Je demandais le nom de ceux que je voyais. « Ce sont des Trônes », dit la voix. Leur multitude était éblouissante et si parfaitement innombrable, que, si le nombre et la mesure n’étaient pas les lois de la création, j’aurais cru sans nombre et sans mesure la sublime foule que je voyais. Je ne voyais finir cette multitude ni en largeur ni en longueur ; je voyais des foules supérieures à nos chiffres.
TRENTE-HUITIÈME CHAPITRE
LES ANGES
C’était en septembre, à la fête des saints anges. J’étais à l’église de Foligno et je voulais communier. Je priais les anges, surtout saint Michel et les séraphins, et je disais :
« O anges administrateurs, qui avez reçu de Dieu l’office et le pouvoir de le communiquer par la connaissance et l’amour, je vous supplie de me le présenter tel que le Père des miséricordes l’a donné aux hommes, tel qu’il veut lui-même être reçu et adoré, pauvre, souffrant, méprisé, blessé, ensanglanté, crucifié et mort. »
Les anges me répondirent avec une douceur et une complaisance indicible :
« Puisque tu as trouvé grâce devant le Seigneur, le voici ; tu le possèdes. Nous te le présentons ; et par-dessus ce que tu as demandé, nous te donnons la puissance de le présenter et de le communiquer aux autres. »
En effet, je vis, dans le saint Sacrement, avec les yeux de l’esprit, la présence réelle ; je vis Celui que j’avais voulu voir, tel que j’avais voulu le voir, souffrant, ensanglanté, crucifié et mort ; je ressentis une telle douleur que mon cœur me sembla prêt à éclater ; et, de l’autre côté, la présence des anges m’inonda d’une telle joie, que si je ne l’avais pas sentie, je n’aurais pas cru la vue des anges capable de la donner.
Pendant ces temps-là, une messe se disait. Le prêtre approchait de la communion. Comme il rompait l’hostie pour la prendre, j’entendis une voix lamentable qui disait :