— Seigneur, dis-je avec joie, quel est le festin ? Quand avez-vous invité tout le monde ? Oh ! dites-moi, dites-moi ! » Il répondit : « J’ai invité tous les hommes à la vie éternelle : que ceux-là viennent qui veulent venir ! Personne ne peut s’excuser et dire : Je ne suis pas invité. Quelques-uns viennent et prennent place. » Ici Jésus me donnait à entendre qu’il est lui-même la table et la nourriture des convives.
« Et ces appelés, dis-je alors, par quelle voie sont-ils venus ? »
« Par la voie de la tribulation, me fut-il répondu. La virginité, la chasteté ont leurs épreuves. » Et il appela par leur nom les pauvretés et les douleurs de ceux qu’il me montrait. Et ma joie fut immense ; car je compris l’ordre et la raison de toutes ces choses. Tous ces élus portaient le nom de fils. Je vis comment la virginité, comment la pauvreté agissaient sur les enfants du Seigneur. Je vis comment la souffrance se convertissait en action de grâces. On ne comprend pas d’abord, mais ensuite on remercie. Je vis la route commune des élus de la vie éternelle, et il n’y a pas d’autre voie.
Mais les invités qui boivent à la coupe du Seigneur sont ceux qui veulent connaître la bonté de leur Père, ceux qui veulent l’imiter et partager volontairement les fardeaux qu’il porta. Dieu permet leurs épreuves, par une grâce spéciale, pour les admettre à sa coupe. « C’est à cette table, me dit Jésus-Christ, que je fus invité à boire le calice de la Passion, si terrible en lui-même et si doux, tant je vous aimais ! » Ainsi, pour ces enfants, l’amertume des tribulations se change tout entière en grâce, en douceur et en amour ; car ils sentent le prix de leurs larmes. Ils sont attaqués, ils ne sont pas affligés ; car plus ils sentent la tribulation, plus ils sentent Dieu, et plus leur joie grandit.
C’est pourquoi je dis et j’affirme que ceux qui passent par cette voie divine en buvant le breuvage de la pénitence, boivent des joies divines. Cela m’a été dit, et je le sais d’ailleurs par une expérience personnelle, indéfiniment répétée.
Mes frères se sont beaucoup moqués de moi ; il n’y a pas de paroles pour rendre l’onction divine des larmes de joie qui coulaient alors sur mes joues.
Un jour j’étais si faible, malade et réduite au silence, Jésus-Christ m’apparut, les mains pleines de consolations ; il me témoigna une compassion profonde et prononça cette parole :
« Je suis venu pour te servir. »
Or ce service consista à se tenir debout près de mon lit, et à me montrer l’apaisement de sa face, qui me plongea dans l’ineffable. Je ne le voyais que des yeux de l’esprit ; mais je le voyais dans une lumière et dans une évidence que ne peuvent connaître les yeux du corps, et je ne dirai pas ma joie, car j’étais dans l’ineffable.