« Dis au frère qui écrit quand tu parles de travailler à se faire petit. Il est aimé du Dieu tout-puissant. Dis-lui d’aimer le Dieu tout-puissant. »

Celui qui console les misérables m’a consolée bien des fois. Qu’à lui soit honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen.

CINQUANTE ET UNIÈME CHAPITRE
LA MENACE

Un jour j’étais en oraison dans ma cellule, et j’entendis ces paroles :

« Ceux qui ont le Seigneur Dieu pour illuminateur voient leur voie particulière dans la lumière intérieure et spirituelle. Mais quelques-uns d’entre eux ferment les oreilles de peur d’entendre, et les yeux de peur de voir. Ne voulant pas écouter la parole de Celui qui parle dans l’âme, quoiqu’ils sentent de ce côté-là la saveur divine, ils se détournent, malgré la voix intime, et suivent la voie commune. Ceux-ci seront maudits par le Dieu tout-puissant. »

J’entendis cette parole, non pas une fois mais mille fois. Mais, saisie d’une tentation violente, je pris cet enseignement pour une illusion. « Comment, disais-je, voici une âme que Dieu éclaire de sa lumière, qu’il comble de ses dons, et parce qu’elle suit une route ordinaire, il la maudit ». Cette parole me parut trop terrible. Je refusai avec horreur d’écouter seulement la voix qui parlait.

Alors, par complaisance pour ma faiblesse, un exemple grossier me fut offert, et je reçus plusieurs fois l’ordre absolu de faire écrire et de ne pas passer sous silence. Voici cette parabole.

« Un père voulait faire de son fils un savant. Le père n’épargne rien, il fait d’énormes dépenses. Il fournit magnifiquement au fils de son amour tout ce qui est nécessaire à la grande figure qu’il doit faire dans le monde. Quand certaines études sont terminées sous la direction d’un premier maître, le père fait transporter le bien-aimé dans une autre demeure, où un autre maître plus élevé lui donne de plus sublimes enseignements. Mais si le disciple ingrat, négligeant la haute science, s’en va travailler dans la boutique d’un artisan, et oublie chez un mercenaire ce qu’il tenait de la sagesse de son maître et de la magnificence de son père, celui-ci s’abîmera dans une douleur et dans une indignation proportionnées à la grandeur et à la profondeur de son amour trahi. »

Le fils, c’est l’âme qui, éclairée d’abord par la prédication et par l’Ecriture, est admise dans le sanctuaire où retentit la parole de Dieu ; il voit dans la lumière spirituelle comment il doit suivre la voie du Christ. Il est touché intérieurement. Dieu, qui l’a d’abord confié aux hommes et aux livres, intervient directement et lui montre la lumière que lui seul peut montrer. Il donne la haute science, afin que celui qui aura vu sa route si magnifiquement devienne la lumière des autres hommes. Mais si ce bien-aimé néglige le don de Dieu, s’il s’encroûte, s’il s’épaissit, s’il repousse cette lumière qui est la sienne, et la science de Dieu et son inspiration, Dieu lui soustrait la lumière et lui donne sa malédiction.

Je reçus l’ordre d’écrire ces paroles et de les montrer au frère qui me confessait, parce qu’elles le regardent personnellement.