Et je vis et j’entendis…

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Mais ce que je vis et ce que j’entendis, il m’est absolument impossible de l’exprimer. C’était un abîme absolument ineffable, et l’abîme me montra ce qu’est Dieu, quels hommes vivent en lui, quels hommes ne vivent pas en lui, et l’abîme me dit :

« Je te le dis en vérité, il n’est pas d’autre route droite que celle où j’ai marché : dans cette route, qui est la mienne, la déception n’est pas. »

Cette parole me fut dite souvent. Elle m’apparut dans sa vérité et me fut montrée dans une lumière immense.

CINQUANTE-DEUXIÈME CHAPITRE
LES SIGNES

Il est important de savoir à quels signes on peut connaître la présence de Dieu dans l’âme, et la reconnaître avec certitude.

Quelquefois il arrive sans être appelé, ni prié, et apporte avec lui un feu, un amour, une suavité inconnus. Dans ce feu l’âme cueille la joie, et croit reconnaître la présence et l’opération de Dieu ; mais la certitude lui manque encore. L’âme voit que Dieu est en elle, bien qu’elle ne l’y voie pas, quand elle sent sa grâce et la joie de sa grâce. Mais rien de tout cela n’est la certitude. L’âme sent l’arrivée de Dieu quand elle entend de douces paroles portant avec elles leur délectation, quand elle sent la Divinité par un attouchement délicieux ; mais un doute peut rester encore, un léger doute. L’âme ne sait pas encore parfaitement et absolument si Dieu est en elle ; car un autre esprit peut apporter avec lui ces sentiments. Le doute vient ou des défauts de l’âme, ou de la volonté de Dieu, qui lui refuse la certitude.

L’âme possède la certitude de Dieu présent quand il se manifeste par un sentiment absolument inconnu, nouveau pour elle, étonnant et réitéré, par un feu qui arrache l’amour que l’homme a pour lui-même ; l’âme possède la certitude quand elle reçoit des pensées et des paroles et des conceptions qui ne viennent d’aucune créature, quand ces conceptions sont illustrées de lumière, quand elle a de la peine à les cacher, quand elle les cache de peur de blesser l’amour, quand elle les cache par discrétion, par humilité, et pour ne pas divulguer un secret trop immense.

Il m’est arrivé quelquefois ; portée par une ardeur qui voulait sauver, il m’est arrivé de dire quelques secrets ; on me répondait : « Ma sœur, revenez à la sainte Ecriture » ; ou : « Nous ne vous comprenons pas. » Je comprenais la leçon, et rentrais dans le silence.