Le ciel est une figure, superbe quoique limitée, immense quoique finie. Comme la pécheresse du désert, il étale une chevelure d’or.
On dirait que la lumière ne se trouvant pas assez pure pour subsister devant la face de Dieu, voudrait essuyer avec ses cheveux les pieds du trône, et porter plus haut que les regards le repentir des soleils.
La traduction est toujours une œuvre difficile. La traduction d’une chose intime est une œuvre très difficile. Quand il s’agit d’une oraison funèbre, d’un discours d’apparat, on peut, jusqu’à un certain point, remplacer les périodes latines par des périodes françaises. Mais quand il s’agit de pénétrer dans les abîmes de l’âme, quand il s’agit de lutter avec l’intimité des forces inférieures, quand ce sont, non pas seulement des paroles, mais des cris qu’il faut rendre, des cris, des silences et des sanglots, la tâche devient redoutable : l’exactitude est la loi de la traduction. Mais il y a deux sortes d’exactitudes : l’exactitude selon la lettre, qui rend les mots les uns après les autres ; l’exactitude selon l’esprit, qui infuse le sang de l’auteur d’une langue dans une autre. Sans négliger la première de ces deux exactitudes, j’ai essayé surtout de m’attacher à la seconde. J’ai essayé de faire vivre en français le livre qui vivait en latin. J’ai essayé de faire crier en français l’âme qui criait en latin. J’ai essayé de traduire les larmes.
Le frère Arnaud, qui écrivait sous la dictée d’Angèle, a mis en tête de son livre les deux prologues qu’on va lire. J’ai essayé de conserver aussi à cet excellent homme les caractères qui le distinguent, son profond respect et son admirable sincérité.
La vie d’Angèle est un drame où la vie spirituelle se déclare comme une réalité visible. La vérité secrète devient quelque chose de tangible et de palpable. Il n’est plus possible de la prendre pour un rêve ; elle est un drame plein de sang et de feu. En revanche, la vie extérieure des hommes menteurs, la vie sans lumière, sans vérité, la vie loin de l’Esprit, apparaît comme une ombre, comme une figure, comme un fantôme et comme un cauchemar.
L’affinité des choses intimes et des choses sublimes est la lumière qui éclaire ce drame, où la hauteur et la profondeur se donnent le baiser de la paix.
Ce drame a pour théâtre l’Ineffable. C’est un éclair qui déchire une nuée. Le langage d’Angèle est une lutte corps à corps avec les choses qui ne peuvent pas se dire. Dans l’atmosphère où elle est introduite, comme un profane épouvanté par le voisinage du sanctuaire, le vocabulaire des hommes recule silencieusement. Captive dans la parole humaine, Angèle fait comme Samson. Manué en hébreu veut dire repos. Comme Samson, fils de Manué, Angèle fille de l’Extase, prend sur ses épaules les portes de sa prison, et les emporte sur la Hauteur.
— Vous qui lirez ce livre, ne portez pas sur lui le regard froid de la curiosité. Souvenez-vous des réalités glorieuses, souvenez-vous des réalités terribles, et priez le Dieu d’Angèle pour le traducteur de son livre.
Ernest HELLO