Le P. Faber remarque que les douleurs de la Vierge furent augmentées par la puissance qu’elle avait de les regarder en face sans distraction, au lieu de les fuir, comme font les autres créatures, secourues par leur faiblesse.
Angèle de Foligno voit l’ineffable douleur de Jésus, qui lui fut accordée et dispensée, avec la lumière divine, par la main de Dieu. Cette lumière, par laquelle il voyait lui-même ce qu’il était en lui-même, ce que le péché avait fait de lui, cette lumière terrible par laquelle il voyait dans toute leur horreur sa mort et le crime de sa mort, et le péché et le Calvaire, cette lumière qui transforma, dit-elle, Jésus-Christ en douleur, et en douleur ineffable, semble avoir révélé à la contemplatrice quelque chose de ce qu’elle révéla à l’âme humaine de Jésus. Et, dans la soif qui la dévore, d’autant plus altérée de science et d’amour qu’elle en a bu davantage, tour à tour interrogeant toutes les créatures sur la Passion de leur Dieu crucifié, et tour à tour les défiant de la lui raconter telle qu’elle la voit, elle lance ce cri sublime :
« Si quelqu’un me la racontait, je lui dirais : C’est toi, c’est toi qui l’as soufferte. » Et dans la sécurité de ses transports, si un ange lui prédisait la mort de son amour, elle répondrait : « C’est toi qui es tombé du ciel. »
Saint Denys l’Aréopagite, ayant éprouvé les insuffisances de la parole et de la lumière, s’adresse à l’obscurité pour adorer, au fond d’elle, le Dieu inconnu : Obscurité très lumineuse, dit-il, obscurité merveilleuse qui rayonne en splendides éclairs, et qui, ne pouvant être ni vue, ni saisie, inonde de la beauté de ses feux les esprits saintement aveuglés[2].
[2] Saint Denys l’Aréopagite, Traité de la Théologie mystique, traduction de Mgr Darboy, p. 466.
Ceux qui sont familiers avec les grands docteurs de la théologie mystique, avec saint Denys l’Aréopagite, avec saint Jean de la Croix, etc., reconnaîtront dans Angèle de Foligno la pratique ardente et pure des sublimes théories qui ont illustré la haute science.
La parole manque toujours à Angèle et toujours de plus en plus, parce que la gloire qu’elle contemple recule en s’élevant toujours et toujours de plus en plus. La parole est un blasphème à ses yeux, parce qu’au delà des choses que cette parole détermine, son œil contemple celles qu’elle ne peut pas déterminer.
Cela ressemble un peu à ces traînées aperçues dans les nuits d’été qui se déterminent en nébuleuses, quand les télescopes se perfectionnent.
Puis au-dessus apparaît une autre traînée de lumière vague, qui va devenir un nouvel amas d’étoiles au prochain perfectionnement du télescope.
Après chaque explosion de lumière et d’amour, Angèle demande pardon. Le sentiment qu’elle a de Dieu fait que son adoration est un blasphème aux yeux de son âme.