L’Evangéliste nous dit qu’au fort d’une longue oraison, la sueur de sang sortit de son corps et coula sur la terre. Placez ce spectacle devant vos yeux : regardez l’exemplaire de l’oraison, et souvenez-vous qu’il priait, non pour lui, mais pour vous : « Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi. Cependant que votre volonté soit faite, et non la mienne. » Voyez et imitez la soumission de cette prière.
Il a prié quand il a dit : « Père, je remets mon esprit entre vos mains. »
En un mot, son oraison dura autant que sa vie, qui fut prière, science, et révélation.
Pensez-vous que le Christ ait prié en vain ? Pourquoi négligez-vous la chose sans laquelle tout est impossible ? Puisque Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, a prié pour vous donner l’exemple, si vous voulez quelque chose de lui, priez, priez, priez, sinon rien. Si le vrai Dieu n’a voulu recevoir qu’en demandant humblement, vous, misérable créature, recevrez-vous sans demander et sans demander à genoux ? Ainsi, priez.
Vous savez, cher enfant, que sans lumière et sans grâce le salut n’est pas possible. La lumière divine est le principe, le milieu, et le centre de toute perfection.
Voulez-vous commencer la route ? priez. Voulez-vous grandir ? priez. Voulez-vous la montagne ? priez. La perfection ? priez. Voulez-vous monter plus haut que la lumière ? priez. Voulez-vous la foi ? priez. L’espérance ? priez. La Charité ? priez. L’amour de la pauvreté ? priez. L’obéissance ? priez. La chasteté ? priez. Une vertu quelconque ? priez. Vous prierez de cette façon, si vous lisez le livre de vie, la vie de Jésus-Christ, qui fut pauvreté, douleur, opprobre et obéissance. Après les premiers pas et ceux qui les suivront, les tribulations de la chair, du monde et du démon vous attaqueront. La persécution sera peut-être horrible. Voulez-vous la victoire ? priez.
Quand l’âme veut prier, il lui faut conquérir la pureté pour elle et pour le corps. Il faut qu’elle approfondisse ses intentions, bonnes on mauvaises, qu’elle descende au fond de ses prières, de ses jeûnes et de ses larmes pour les scruter dans leurs secrets ; qu’elle interroge ses bonnes œuvres ; qu’elle considère ses négligences dans le service de Dieu, ses irrévérences et ses absences. Qu’elle entre dans la contemplation profonde, attentive et humiliée de ses misères, qu’elle confesse son péché, qu’elle le reconnaisse ; qu’elle s’abîme dans le repentir. Dans cette confession, dans ce brisement, elle trouvera la pureté. O mes enfants, allez à la prière comme le publicain, et non pas comme le pharisien.
Voulez-vous recevoir le Saint-Esprit ? priez. Les apôtres priaient quand il est descendu.
Priez et gardez-vous, et ne donnez pas prise à l’ennemi, qui est toujours en observation. Vous ouvrez la place à l’ennemi, dès que vous cessez de prier. Plus vous serez tenté, plus il faut persévérer dans la prière. La tentation vient quelquefois à raison même de la prière, tant les démons désirent l’empêcher. Ne vous en souciez que pour redoubler ! C’est elle qui délivre, c’est elle qui illumine, n’est elle qui purifie, c’est elle qui unit à Dieu. L’oraison est la manifestation de Dieu et de l’homme. Cette manifestation est l’humilité parfaite, qui réside dans la connaissance de Dieu et de soi. L’humilité profonde est la source d’où sort la grâce divine pour se verser dans l’âme où elle veut entrer et grandir. Suivez cet enchaînement. Plus la grâce creuse l’abîme de l’humilité, plus elle grandit elle-même, s’élançant du fond de cet abîme, d’autant plus haute qu’il est plus profond : plus la grâce grandit, plus l’âme creuse l’abîme de l’humilité, et elle s’y couche comme dans un lit, et elle s’enfonce dans l’oraison, et la lumière divine grandit dans l’âme, et la grâce creuse l’abîme, et la hauteur et la profondeur s’enfantent l’une l’autre.
Tels sont les fruits du livre de vie.