Connaître le tout de Dieu et le rien de l’homme, telle est la perfection. Je viens de dire la route qui y mène. Repoussez donc, cher fils, toute paresse et négligence.
J’ai encore un conseil à vous donner. Si la grâce de la ferveur sensible vous est soustraite, soyez aussi assidu à la prière et à l’action qu’aux jours des grandes ardeurs. Vos prières, vos soins, vos travaux, vos œuvres sont très agréables au Seigneur, quand son amour vous embrase. Mais le sacrifice le plus parfait et le plus agréable à ses yeux, c’est de suivre la même route avec sa grâce, quand cette grâce n’embrase plus. Si la grâce divine vous pousse à la prière et à l’acte, suivez-la, tant que vous avez le feu. Mais si par votre faute, car c’est ainsi que les soustractions d’amour arrivent le plus souvent ; si, par votre faute, ou par quelque dessein plus grand de la miséricorde éternelle qui vous prépare à quelque chose de sublime, l’ardeur sensible vous est un moment retirée, insistez dans la prière, dans la surveillance, insistez dans la charité ; et si la tribulation, si la tentation surviennent avec leur force purificatrice, continuez, continuez, ne vous relâchez pas ; résistez, combattez, triomphez, à force d’importunité et de violence : Dieu vous rendra l’ardeur de sa flamme ; faites votre affaire, il fera la sienne. La prière violente qu’on arrache de ses entrailles en les déchirant, est très puissante auprès de Dieu. Persévérez dans la prière et si vous commencez à sentir Dieu plus pleinement que jamais, parce que votre bouche vient d’être préparée pour une saveur divine, faites le vide, faites le vide ; laissez-lui toute la place : car une grande lumière va vous être donnée pour vous voir et pour le voir.
Ne vous livrez à personne avant d’avoir appris à vous séparer de tout le monde.
Surveillez vos ardeurs, éprouvez l’esprit qui vous les donne. Prenez garde de vous abandonner à celui qui fait les ruines. Examinez d’où part le feu, où il vous mène, où il vous mènera. Comparez vos inspirations au livre de vie ; suivez-les tant qu’il les autorise, non pas plus loin.
Défiez-vous des personnes à l’air dévot qui n’ont à la bouche que paroles mielleuses. Promptes à mettre en avant les communications divines dont elles sont favorisées, elles vous tendent un piège pour vous attirer à elles, et l’esprit de malice est là.
Défiez-vous, oh ! défiez-vous des apparences de la sainteté ; défiez-vous, défiez-vous des étalages de bonnes œuvres. Prenez garde qu’on ne vous entraîne dans la voie indigne des apparences. Regardez, regardez encore ; éprouvez toutes choses, comparez au livre de vie, et ne marchez que quand il le permet.
Défiez-vous de ceux qui prétendent avoir l’esprit de liberté, mais dont la vie est la contradiction vivante du christianisme. Fondateur de la loi, Jésus-Christ s’est soumis à elle. Libre, il s’est fait serviteur : ses disciples ne doivent pas chercher la liberté dans la licence qui brise la loi divine.
Cette illusion est fréquente. Soyez docile à la loi, aux préceptes, et ne méprisez pas les conseils. Il y a de grands chrétiens qui font un cercle autour d’eux, et un ordre sublime est inscrit dans ce cercle. Cet ordre vient du Saint-Esprit, qui les fait vivre ; qui les conduit par la main. Il ne s’agit pas pour eux de savoir si cette chose est permise ou défendue. Il y a telle chose permise en elle-même dont le Saint-Esprit les écarte, parce qu’elle n’est pas comprise dans l’ordre immense inscrit dans le cercle.
SOIXANTE-TROISIÈME CHAPITRE
L’HUMILITÉ
Vaine est la prière sans l’humilité ; après la prière, l’humilité est le premier besoin de l’homme. Enfants bénis du Seigneur, regardez dans le Christ crucifié le type de l’humilité, et que la forme de toute perfection se grave en vous. Voyez sa route, voyez sa doctrine ; elle n’est pas appuyée sur de vaines paroles, mais fondée sur des œuvres et confirmée par des miracles. De toute la force de votre âme suivez Celui qui, étant dans le sein du Père, s’est anéanti, a pris le rôle de serviteur, s’est humilié jusqu’à la mort, et a obéi jusqu’à la croix.