Voici quelques-uns des signes de l’amour. D’abord la soumission de la volonté.

Ensuite l’exclusion absolue de toute amitié contraire ; fallût-il quitter père, mère, frère, sœur, et tout ce qui ferait obstacle à la volonté de l’amour.

Puis l’amour porte en lui une force révélatrice des secrets qui oblige à montrer le fond de soi ; ce troisième signe me paraît capital. Il est le complément nécessaire des actes de l’amour.

Enfin l’amour possède un désir d’assimilation qui fait chérir la pauvreté, si le Bien-Aimé est pauvre ; le mépris, s’il est méprisé : l’amour veut partager les douleurs. Il ne semble pas qu’entre le riche et le pauvre, entre l’homme des douleurs et l’homme des délices, l’amitié puisse ne rien laisser à désirer : la distance des conditions est en général un obstacle au partage de la vie.

Or, l’amour n’est pas seulement une force d’assimilation, mais une force d’unité qui fait partout des semblables.

Jésus-Christ, l’éternel amour, a réuni ces signes. Il s’est soumis à la volonté de l’homme, et Lui, qui d’un signe eût pu tout écraser, il a obéi jusqu’à la mort. Il a renoncé à sa mère et à sa chair, se livrant à la mort et les quittant sur la croix. Il nous a dit ses secrets : « Je ne vous appellerai plus mes serviteurs ; car le serviteur ne sait ce que fait son maître ; je vous ai appelés amis. » Il s’est rendu semblable à l’homme, la faute exceptée. Il a été vraiment homme et vraiment mortel. Imitons-le pour ne pas faire injure à l’amour de ses entrailles. Cherchons-le comme il nous a cherchés. Imitons-le comme il nous a imités. Si un seul homme faisait toutes les pénitences du monde réuni, ce serait trop peu pour reconnaître une seule goutte de la sueur du Christ, ou pour mériter la moindre des joies du paradis, ou pour expier le moindre des péchés mortels, ou pour offrir seulement à Dieu la satisfaction de la créature. Aussi chacun devrait s’efforcer de faire pénitence en secret, dans la mesure convenable, et de désirer ce qu’il ne peut pas faire, et même de faire pénitence publiquement, pourvu que ce ne soit pas pour chercher les regards ; car s’abstenir du bien par crainte d’être vu, c’est tiédeur et lâcheté. Le Maître a donné l’exemple. Il a fait beaucoup de choses qui n’ont été ni écrites, ni connues ; mais il n’a pas négligé les actes publics par respect humain. Si la pénitence nous paraît dure, la patience ne pourrait-elle nous être agréable dans ces sortes d’afflictions, qui de la part de Dieu, sont des signes d’amour ? Ne pourrions-nous faire, de nécessité, vertu ?

Ce que le Père a donné au Fils, souvent le Fils le donne aux siens. Dieu le Père a choisi pour son Fils la pauvreté et la douleur, l’angoisse du dedans, l’angoisse du dehors, une amertume au-dessus des paroles et au-dessus des pensées. C’est pourquoi plusieurs reçoivent la tribulation non pas seulement avec patience, mais avec joie, comme un signe d’amitié et comme les arrhes d’un héritage. Dans vos douleurs, contemplez celles du Fils de Dieu, et cette vue sera votre remède. La tribulation produit quelquefois d’excellents effets que nous ignorons. Quelquefois elle tourne l’homme vers Dieu et le fait adhérer à lui. Quelquefois elle le fait grandir, semblable à la pluie qui féconde la terre. Quelquefois elle lui donne la force, la pureté et la paix. Ce genre de tribulation est précieux, sa valeur nous est inconnue, et je porte envie à ceux qui l’éprouvent. Si nous savions son prix, nous nous la disputerions : chacun arracherait à son voisin les moyens de se la procurer. Je souhaite que vous soyez toujours consolés sous le fardeau de cette vie par Celui qui est la lumière et la joie des affligés. Qu’à Lui soit la gloire dans les siècles des siècles. Amen.

Connaissance de Dieu, connaissance de soi-même, voilà la perfection de l’homme. Cette double vue produit grâce sur grâce, lumière sur lumière, vision sur vision. Plus grandira votre connaissance de Dieu, plus grandira votre amour, et avec lui votre force d’action. Votre pratique sera la preuve et la mesure de votre amour ; ordinairement l’amour cherche la ressemblance du Bien-Aimé dans l’action et la passion. Le Christ a supporté la pauvreté, le mépris et la douleur. Le choix de la sagesse révèle la valeur des choses.

SOIXANTE-SIXIÈME CHAPITRE
LES DONS DE DIEU

Voici quelques dons très doux qui indiquent chez celui qui les possède la plénitude et la perfection de l’amour consommateur. Ils peuvent servir de mesure à l’âme pour connaître le point où elle est arrivée dans la voie de la transformation.