La route qui mène à cet amour est la lecture du livre de vie, et il n’y en a pas d’autre. O mes enfants chéris, que notre amour soit parfait ! Que notre transformation soit entière ! car il est tout amour, cet Homme-Dieu, ce Dieu incréé, ce Dieu incarné ; il nous aime tout entier, il veut que tout entier nous l’aimions. Il veut que Lui, et nous par l’amour, nous fassions un. J’appelle enfants de l’Esprit ceux qui, par la grâce de la charité, vivent en Dieu, dans la perfection de l’amour transformé. Nous sommes tous fils de Dieu par la création, mais ceux-là sont les vases de l’élection et les fils de l’Esprit, en qui Dieu a posé son amour, et dans lesquels il se repose, attiré par sa propre ressemblance. C’est sa grâce et son amour qui a formé son image dans l’âme. J’appelle parfait celui qui a transformé sa vie en la ressemblance de l’Homme-Dieu.

Or, sachez que Dieu, noble par nature, nous demande notre cœur tout entier et non la moitié de notre cœur ; il le veut sans intermédiaire, sans partage, sans contestation. On dirait que Dieu fait la cour à l’âme humaine. Si elle se donne toute, il prend tout ; si elle se donne à moitié, il la reçoit à moitié ; mais c’est la première de ces deux choses qui fait sa joie ; car l’amour parfait est un amour jaloux. L’Epoux, dans son amour, ne peut souffrir chez l’Epouse l’ombre d’un partage, ni en public, ni en secret. Or, notre Dieu est un Dieu jaloux. Je sais, du reste, je sais parfaitement que s’il existait un homme qui eût goûté l’amour de Jésus crucifié, de Jésus souverain bien, cet homme-là ne s’arracherait pas seulement aux créatures, il s’arracherait à lui-même pour se donner plus absolument, et que toutes les puissances n’en feraient plus qu’une pour le transformer tout entier en Celui qui est notre Sauveur et notre amour, Jésus-Christ, Jésus-Christ !

Si l’âme veut se dégager et s’élever vers la perfection de l’amour qui se donne tout entier, qui se consacre non pas seulement en vue de la récompense temporelle ou éternelle, mais aussi en vue de l’être de Dieu, qui est la Bonté par essence, la Bonté digne de l’amour ; l’âme, dis-je, doit marcher dans la voie droite, marcher dans la voie de l’ordre, avec les pieds brûlants de l’amour.

Le premier pas qu’elle doit faire dans cette voie, c’est de connaître Dieu en vérité, non pas par la surface, par le dehors, par la science des livres. Il faut connaître profondément. Car l’homme aime, comme l’homme connaît. Si notre connaissance est bornée, vague, superficielle, si nous pensons à Dieu, comme quelqu’un qui s’acquitte de sa fonction, notre amour sera misérable. Relisez ce que j’ai déjà dit sur ce sujet.

Mais l’amour a des propriétés et des signes qui permettent de le reconnaître.

Première propriété. L’amour transforme l’un en l’autre, quant à la volonté.

Or, la volonté du Christ est, ce me semble, la vie dont il a donné l’exemple, vie pleine de pauvreté, de mépris, d’obéissance et de douleur ; l’exercice de ces choses est un rempart contre le mal et contre la tentation.

Seconde propriété. L’amour transforme l’un dans l’autre, quant aux qualités constitutives de l’Etre. Je n’en citerai que trois : L’amour s’incline vers les créatures, suivant les lois de l’universelle harmonie. L’amour est humble et doux. L’amour est immuable. Plus l’âme est voisine de Dieu, plus elle est inaccessible au changement. La honte consiste à être ébranlé par quelque chose de petit ; c’est là que nous sentons notre misère.

La troisième qualité de l’amour est la transformation parfaite de l’âme en Dieu. Alors elle est inaccessible aux tentations ; car elle ne réside plus en elle, mais en Lui.

Quand nous revenons à notre misère, défions-nous de toute créature, défions-nous de nous-mêmes ; je vous en supplie, restez en possession de vos âmes, ne vous donnez à aucune créature ; mais gardez-vous pour Celui qui a dit « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de tout votre esprit, de toute votre âme et de toutes vos forces. »