SOIXANTE-NEUVIÈME CHAPITRE
PRIÈRE

Ensuite elle parla de sept dons, de sept bienfaits en particulier, et voici en quels termes :

« O très doux Seigneur, parmi la multitude innombrable de vos dons, faites-moi capable d’en comprendre sept. D’abord la création mystérieuse. Puis l’élection admirable qui nous donne rendez-vous dans la gloire. Puis le don de Jésus-Christ, qui naquit et mourut pour nous donner la vie. Puis le don très haut de la raison. Car, au lieu de créer une femme, vous auriez pu créer une bête. Oraison admirable ! c’est par elle que je vous connais, par elle que je connais mes péchés ; par elle que, votre grâce aidant, je résiste à la tentation. O Incompréhensible ! vos mains ont fait un chef-d’œuvre. Vous nous avez créés à votre image et ressemblance ; puis vous nous avez revêtus de votre lumière, comme d’un manteau. Puis vous nous avez donné l’intelligence. Faites-moi capable de comprendre la grandeur de cette intelligence, grâce à laquelle mes lèvres peuvent vous appeler mon Dieu ! Puis vous m’avez donné la sagesse. O Seigneur, faites-moi savourer cet amour qui m’a donné la sagesse, la sagesse, la joie des joies, par laquelle en vérité je goûte Dieu ; je le sens, je le goûte. Le septième don est l’amour. O Essence pure ! Faites-moi comprendre l’amour, puisque les anges n’ont pas d’autre bonheur que de voir Celui qu’ils aiment et d’aimer Celui qu’ils contemplent ! O don qui est au-dessus de tout don, puisque l’amour c’est vous !

« O souverain Bien, qui nous avez fait capables de connaître et d’aimer l’amour, tous ceux qui arrivent devant votre face sont jugés d’après les lois de l’amour. L’amour est la seule puissance qui conduise les contemplateurs à la contemplation. O Admirable, que vos œuvres sont admirables dans vos enfants ! O souverain Bien ! Bonté incompréhensible et charité très ardente ! O Divinité, vous avez daigné nous substantifier au milieu de votre substance[8] !

[8] Ceci se rapporte à l’Eucharistie. (Note de l’Editeur écrite en latin.)

« Au milieu de votre substance ! Prodige des prodiges, admirable au-dessus des prodiges ! O mystère des mystères ! Mystère de la substance, à votre approche, l’entendement créé tombe en défaillance. Mais avec la grâce et la lumière divine, nous sentons ce que nous ne comprenons pas, nous goûtons la substance, et elle est le gage de ceux qui vivent dans le désert, dans le désert en esprit, dans le désert en vérité, et tous les chœurs des anges sont occupés de cette merveille ; et que tous les hommes du désert soient occupés de la même occupation, que tous les hommes du désert contemplent la même contemplation, et c’est alors qu’ils deviendront véritablement les hommes du désert, et la main de la puissance les séparera des créatures, et leur conversation est dans les cieux. Gloire à Dieu. Amen. »

SOIXANTE-DIXIÈME CHAPITRE ET DERNIER
LE TESTAMENT ET LA MORT

Quand notre mère Angèle se sentit près de la mort, Angèle qui, sur terre, vécut loin de la terre, elle fit son testament, et enseigna pour la dernière fois ses fils, et leur dit :

« Mes chers enfants, je vous parle pour l’amour de Dieu, suivant la promesse que j’ai faite : je ne veux rien emporter avec moi, rien vous cacher, qui puisse vous être utile. Car Dieu a dit à l’âme : « Tout ce qui est à moi est à toi ». Par quelle vertu peut-il se faire que tout ce qui est à Lui soit à nous ; je vous le dis, en vérité, c’est la charité qui fait cela. Les paroles que je vais prononcer ne sont pas de moi, elles sont de Dieu.

« Car il a plu au Seigneur de me donner l’amour et la sollicitude de tous ses fils et de toutes ses filles, de tout ce qui respire sur le globe, en deçà et au delà de la mer. Je les ai gardés comme j’ai pu, et j’ai souffert pour eux les douleurs que personne ne sait. O mon Dieu, je les remets aujourd’hui entre vos mains, vous suppliant par votre ineffable charité de les préserver de tout mal, et de les affermir dans tout bien, dans l’amour de la pauvreté, du mépris et de la douleur, de transformer leur vie en votre vie, et de les introduire dans la perfection dont vos paroles et vos actions nous ont donné le modèle quand vous viviez dans la vie humaine.