Note 407: [(retour) ]
Conf. 1619, p. 25. Tout ce passage a été remanié, dans l'édition de 1632.
Le lendemain nous nous separasmes, & continuasmes nostre chemin le long du rivage de ce lac des Attigouantan [408], où il y a un grand nombre d'isles, & fismes environ 45 lieues, costoyant tousjours cedit lac. Il est fort grand, & a prés de trois [409] cents lieues de longueur de l'Orient à l'Occident, & de large cinquante [410]; & à cause de sa grande estendue, 249/905je l'ay nommé la mer douce. Il est fort abondant en plusieurs especes de très-bons poissons, tant de ceux que nous avons, que de ceux que n'avons pas, & principalement des truittes qui sont monstrueusement grandes, en ayant veu qui avoient jusques à quatre pieds & demy de long, & les moindres qui se voyent sont de deux pieds & demy. Comme aussi des brochets au semblable, & certaine manière d'esturgeon, poisson fort grand, & d'une merveilleuse bonté. Le pays qui borne ce lac en partie est aspre du costé du nort, & en partie plat, & inhabité de Sauvages, quelque peu couvert de bois, & de chesnes. Puis après nous traversasmes une baye[411], qui fait une des extremitez du lac, & fismes environ sept lieues[412], jusques à ce que nous arrivasmes en la contrée des Attigouantan[413], à un village appelle Otouacha[414], qui fut le premier jour d'Aoust, ou trouvasmes un grand changement de pays, cestuy-cy estant fort beau, & la plus grande partie deserté, accompagné de force collines, & de plusieurs ruisseaux, qui rendent ce terroir agréable. Je fus visiter leurs bleds d'Inde, qui estoient lors fort advancez pour la saison.
Note 408: [(retour) ]
Attignouantan, ou Attignaouantan; c'est le lac Huron, ou mer Douce. Les Attignaouantan, nation des Ours, formaient l'une des tribus huronnes les plus considérables, et demeuraient plus proche du lac que les autres tribus.
Note 409: [(retour) ]
L'édition de 1640, pour se conformer sans doute à celle de 1619, a remis dans le texte comme à la marge: «quatre cents.» Le lac Huron n'a environ que quatre-vingts lieues de longueur; mais, dans son immense contour, on peut bien compter quatre cents lieues, et c'est peut-être ce que Champlain a voulu dire, ou ce que lui auront dit les sauvages. Il est possible aussi que le manuscrit portât en toutes lettres quatre vint, et que le typographe ait lu quatre cent.
Note 410: [(retour) ]
L'édition 1640 ajoute le mot «lieues.»
Note 411: [(retour) ]
La baie de Matchidache.
Note 412: [(retour) ]
C'est-à-dire, la traverse même de cette baie de Matchidache. (Voir 1619, p. 26, note 2.)
Note 413: [(retour) ]
La contrée des Attignaouantan, ou des Ours, se composait principalement de cette pointe du comté actuel de Simcoe, qui s'étend de cinq à six lieues vers le nord-ouest dans la baie Géorgienne, entre la baie de Matchidache et celle de Nataouassagué.
Note 414: [(retour) ]
Otouacha, qui est probablement le même que Toanché, ou Toanchain, paraît avoir été situé à environ un mille du fond de la baie du Tonnerre. Il ne faut pas confondre ce premier emplacement d'Otouacha, ou de Touanché, avec le second dont parle la Relation de 1635, qui était encore un mille plus loin de la baie. (Voir 1619, p. 26, notes 3 et 4.)
Ces lieux me semblerent tres-plaisans, au regard d'une si mauvaise contrée d'où nous venions de sortir. Le lendemain je fus à un autre village appelle 250/906Carmaron[415], distant d'iceluy d'une lieue, où ils nous receurent fort amiablement, nous faisans festin de leur pain, citrouilles, & poisson. Pour la viande, elle y est fort rare. Le chef dudit village me pria fort d'y sejourner, ce que je ne peus luy accorder, ains m'en retournay à nostre village [416].