Note 401: [(retour) ]
Voir les figures indiquées par les lettres A et B.
246/902Durant le temps que je fus avec eux, le Chef de ces peuples, & autres des plus anciens, nous festoyerent en plusieurs festins, selon leur coustume, & mettoient peine d'aller pescher & chasser, pour nous traitter le plus délicatement qu'ils pouvoient. Ils estoient bien en nombre de sept à huict cents âmes, qui se tiennent ordinairement sur le lac, où il y a grand nombre d'isles fort plaisantes, & entr'autres une qui a plus de six lieues de long, où il y a trois ou quatre beaux estangs, & nombre de belles prairies, avec de très-beaux bois qui l'environnent, & y a grande abondance de gibbier, qui se retire dans cesdits petits estangs, où les Sauvages y prennent du poisson. Le costé du Septentrion dudit lac est fort agréable. Il y a de belles prairies pour la nourriture du bestail, & plusieurs petites rivieres qui se deschargent dedans.
Ils faisoient lors pescherie dans un lac fort abondant de plusieurs sortes de poisson, entre autres d'un très-bon, qui est de la grandeur d'un pied de long, comme aussi d'autres especes, que les Sauvages peschent pour faire secher, & en font provision. Ce lac[402] a en son estendue environ 8 lieues de large, & 25 de long, dans lequel descend une riviere[403] qui vient du norouest, par où ils vont traitter les marchandises que nous leur donnons en trocq, & retour de leurs pelleteries, & ce avec ceux qui y habitent [404], lesquels vivent de chasse, & de 247/903pescherie, parce que ce pays est grandement peuplé tant d'animaux, oiseaux, que poisson.
Note 402: [(retour) ]
Le lac Nipissing.
Note 403: [(retour) ]
La rivière aux Esturgeons. (Voir 1619, p. 23, notes 2 et 3.)
Note 404: [(retour) ]
Les Outimagami, qui demeuraient vraisemblablement au lac Timiscimi, les Ouachegami, les Mitchitamou, les Outurbi, et les Kiristinons, ou Cris. (Voir Relat, 1640, ch. x.)
Après nous estre reposez deux jours avec le Chef desdits Nipisierinij, nous nous r'embarquasmes en nos canaux, & entrasmes dans une riviere [405] par où ce lac se descharge, & fismes par icelle environ 33 lieues, & descendismes par plusieurs petits sauts, tant par terre, que par eau, jusques au lac Attigouantan. Tout ce pays est encores plus mal agréable que le précèdent, car je n'y ay point veu le long d'iceluy dix arpents de terre labourable, sinon rochers, & montagnes. Il est bien vray que proche du lac des Attigouantan [406] nous trouvasmes des bleds d'Inde, mais en petite quantité, où nos Sauvages prirent des citrouilles, qui nous semblerent bonnes, car nos vivres commençoient à nous faillir, par le mauvais mesnage des Sauvages, qui mangèrent si bien au commencement, que sur la fin il en restoit fort peu, encores que ne fissions qu'un repas le jour: & nous aidèrent beaucoup ces blues & framboises (comme j'ay dit cy dessus) autrement nous eussions esté en danger d'avoir de la necessité.
Note 405: [(retour) ]
La rivière des Français.
Note 406: [(retour) ]
Le lac Huron. (Voir note 2 de la page suivante et note 3 de la page 249.)
Nous fismes rencontre de 300 hommes d'une nation que nous nommasmes les cheveux relevez, pour les avoir fort relevez & ageancez, & mieux peignez que nos Courtisans, & n'y a nulle comparaison, quelques fers & façons qu'ils y puissent apporter: ce qui semble leur donner une belle apparence. A. C. monstre la façon qu'ils s'arment allant 248/904à la guerre. Ils n'ont pour armes que l'arc & la flesche, fait en la façon que voyez dépeints, qu'ils portent ordinairement, & une rondache de cuir bouilly, qui est d'un animal comme le bufle[407]. Quand ils sortent de leurs maisons ils portent la massue. Ils n'ont point de brayer, & sont fort découpez par le corps, en plusieurs façons de compartiment: & se peindent le visage de diverses couleurs, ayans les narines percées, & les oreilles bordées de patenostres. Les ayant visitez, & contracté amitié avec eux, je donnay une hache à leur Chef, qui en fut aussi content & resjouy, que si je luy eusse fait quelque riche present. Et m'enquerant sur ce qui estoit de son païs, il me le figura avec du charbon sur une escorce d'arbre: & me fit entendre qu'ils estoient venus en ce lieu pour faire secherie de ce fruict appellé blues, pour leur servir de manne en hyver, lors qu'ils ne trouvent plus rien.